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lundi, mars 8 2010

Allemagne 1- UE 0

1/ Il y a la même sorte de déséquilibre entre l'Allemagne et l'UE qu'entre les États-Unis et la Chine. En effet, l'Allemagne "vertueuse" paye sa croissance et son excédent commercial aux dépens de ses partenaires de l'UE, qu'elle écrase d'un euro surévalué pour eux. Il y a donc quelque incohérence à pousser des cris d'orfraie quand les autres meurent à petit feu de l'excès de potion amère que vous leur avez administrée.

2/ A écouter les raidissements xénophobes qu'on entend en ce moment en Allemagne, cela fait penser que ce pays est passé sans discontinuité du nazisme au consumérisme. Je trouve déplaisant ces réactions car l'Allemagne aura, autant que bien d'autres, à perdre si l'euro et, au-delà, l'UE, se cassent la figure. Bref, le triomphe actuel est inconvenant, aveuglé, et surtout dangereux.

3/ Car ne nous y trompons pas : les déclarations lénifiantes Sarkozy-Merkel du 11 février dernier n'ont pas sérieusement impressionné les marchés, puisqu'il ne s'est rien décidé. C'est reculer pour mieux sauter. Or, aujourd'hui, comme on ne fait rien de vraiment visible, c'est parti pour sauter...

4/ On lira avec intérêt ce document de l'IFRI décrivant le décrochage démographique entre la France et l'Allemagne, l'une rattrapant l'autre en 2050. Il va falloir rééquilibrer le nombre de députés au parlement européen...

5/ La chose est d 'importance : en effet, les Français sont aujourd'hui désabusés envers l'Europe, puisqu'à cause de l'élargissement la France a perdu son influence relative. Le rééquilibrage en cours devrait la favoriser tendanciellement....

Sur la confiance des marchés envers la Grèce : ici O. Kempf

vendredi, novembre 27 2009

L'Allemagne et la guerre

Ainsi, une opération de "guerre" provoque des remous politiques incroyables en Allemagne.

1/ Rappel des faits : Le 4 septembre, l'OTAN avait bombardé, à la demande du colonel allemand Georg Klein, deux camions-citernes dérobés par les talibans près de Kunduz (lieu de la PRT allemande, et "capitale" de la zone nord où se trouvent les forces allemandes dans le cadre de la FIAS). Il s'avère qu'il y avait des civils, car l'attaque a été déclenchée tardivement, quand les talibans (ou la plupart d'entre eux) avaient visiblement déguerpi. Là est le double problème :

  • avoir ouvert le feu alors qu'on n'avait pas la garantie qu'il n'y avait aucun civil
  • avoir prétendu qu'il n'y avait pas de victimes civiles, alors qu'on savait qu'il y en avait

Autrement dit, cela met en jeu à la fois les conditions de l'action, et le commentaire de l'action, ce qui est en soi symptomatique. L'affaire est relancée hier (26 novembre) par un quotidien qui insiste sur le deuxième point.

Lire la suite...

lundi, juillet 20 2009

De l'Allemagne (aujourd'hui)

Le titre "De l'Allemagne" a été inventé par Madame de Stael. C'est d'ailleurs en lisant "achever Clausewitz", de René Girard, que j'ai appris que ce livre constituait un des premiers essais de géographie politique.

Toutefois, ce n'est pas pour vous parler de la littérature française sous l'empire que je veux vous entretenir. Mais pour évoquer l'article d'A. Leparmentier, dans le Monde de vendredi. Que dit-il ?

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1/ Que l'Allemagne s'isole dans un certain égoïsme : économique, car elle semble sûre de mieux se sortir de la crise que ses voisins, grâce au système voué à l'exportation ; politique, ainsi que la décision récente de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe le fait comprendre, dans sa décision du 30 juin, qui déclare le traité de Lisbonne compatible avec la Grundgesetz (Constitution) mais à condition qu'une loi garantisse les droits du Parlement national (voir ici et ici). La cour ajoute que les Etats-nations sont le cadre de la démocratie, que le parlement européen ne saurait représenter les peuples européens, et "que la loi pénale, la police, les opérations militaires, la politique fiscale, la politique sociale, l’éducation, la culture, les médias et les relations avec les groupes religieux relèvent exclusivement des souverainetés nationales et pas de l’Union européenne".

2/ Cet isolationnisme allemand (que j'avais déjà discerné en janvier, voir ici) met en cause deux choses : la construction européenne, ce qu'on déduit aisément ; mais au-delà, la notion de moteur franco-allemand. Surtout, on note une certaine indifférence envers l'Europe centrale et oriental (la MittelEuropa), sauf la volonté d'une relation particulière avec la Russie (pour des motifs énergétiques).

3/ D'une certaine façon, l'égoïsme allemand est aussi le résultat d'une perte de complexe par rapport à l'histoire, ce dont l'article de Leparmentier rend bien compte. Pourtant, plus que le cas allemand, il faut à mon avis comprendre que l'Allemagne n'est ici que le symptôme d'un tropisme européen. Ce désintérêt des affaires du monde, cette bonne conscience repue ou, plus exactement, cette absence de conscience paraissent l'archétype d'un sentiment européen le plus partagé.

4/ On comprend ainsi les réticences allemandes à seulement poursuivre la mission en Afghanistan. L'Allemagne, qui a longtemps été consommatrice de sécurité (en Europe au temps de la guerre froide) refuse désormais d'être exportatrice de sécurité. Elle constitue là un modèle pour tous les pays d'Europe centrale et orientale, qui ont rejoint Otan et UE et comprennent mal pourquoi il faut aller en Asie centrale.

5/ C'est en fait un irénisme porté à son terme, et finalement cohérent. Puisque l'Europe c'est la paix, pourquoi s'embêter à aller porter le fer ailleurs ? Ainsi, apparemment non-européenne, l'Allemagne semble au contraire la plus européenne, la plus conséquente.

6/ Oserai-je confier : cet isolationnisme m'inquiète. Car il est d'abord le signe d'un égoïsme, surtout quand celui-ci est décomplexé. Et l'excès d'égoïsme, dans les affaires internationales, est toujours préjudiciable à la bonne marche du monde.

O. Kempf

dimanche, février 15 2009

Sarkozy-Merkel : ce qu'en dit JP Jouyet

Le Monde a publié quelques extraits du dernier livre de JP Jouyet, ex Secrétaire d'Etat aux affaires européennes. J'en extrais ceci, qui tient à la relation SArkozy-Merkel. 9782226189936.jpg

Depuis le début de la présidence française et peut-être même un peu avant, on ne cesse d'évoquer l'agacement que Nicolas Sarkozy suscite chez Angela Merkel. Qu'en est-il ?

Je crois que cet agacement a été réel et réciproque, et qu'il s'est estompé pour cesser tout à fait au moment de la tenue du G20 à Washington en novembre 2008. La chancelière allemande a reconnu chez le président français une énergie, une volonté de trouver des solutions face à la crise qui ont balayé les petites crispations. J'ajoute que l'on a eu tendance à personnaliser les relations entre ces deux personnages portés en pleine lumière, par la tempête financière notamment. Mais il faut savoir qu'entre la France et l'Allemagne, depuis le début de l'Europe, l'Union est un combat, pour parodier les discours que tenait jadis le Parti communiste.

Autrement dit, l'amitié avec les Allemands n'a rien de naturel. C'est une amitié de raison, qui emprunte plus à Hegel et à Descartes qu'à Rousseau et à Goethe. En fait, la France et l'Allemagne ne s'entendent sur rien dès que l'on entre dans les détails. Un exemple : les deux pays sont d'accord pour défendre une industrie forte en Europe contre les visées de la City londonienne ; mais dès que l'on commence à aborder la question par secteur - automobile, chimie, aluminium, aéronautique... -, les antagonismes apparaissent. Face à la crise financière, c'est pareil.

Ainsi, la réunion des deux s'est faite, par la raison, à la suite du G20 en novembre. J'ai l'impression que chez ces deux atlantistes convaincus, chez ces deux sincères américanophiles, le spectacle de la déroute américaine a été un choc déclencheur, et qu'ils se sont rendus compte qu'ils ne pouvaient faire autrement que de se rapprocher.

En clair, l'absence de garant américain force les Européens à l'autonomie.

C'est ce qui sous-tend l'article du 5 février, que j'ai analysé ici.

O. Kempf

vendredi, janvier 23 2009

La dérive orientale de l'Allemagne

J'avais l'impression d'une certaine dérive allemande.

Chacun a pu constater l'éloignement progressif des deux rives du Rhin, et la panne progressive du moteur franco-allemand. On attribuait cela à la personnalité de M. Sarkozy, à celle de Mme Merkel.

Il faut ajouter deux considérants :

- d'une part, l'Allemagne ne s'éloigne pas seulement de la France, mais de toute la structure occidentale : aussi bien de l'UE (on voit refleurir l'expression de 'pays du club Méd", qu'on n'entendait plus depuis cinq ans et depuis la pérennisation de l'euro) que de l'Otan : car malgré toutes les déclarations, on voit bien que peu à peu, ce n'est plus l'Allemagne qui est le meilleur élève de l'Alliance, mais c'est la France. En ce sens, le sommet de Strasbourg-Kehl n'est pas symbolique à cause du seul retour français, il marque également l'éloignement allemand. Éloignement qui est aussi transatlantique.

- d'autre part, on voit bien s'accentuer le tropisme oriental de l'Allemagne, tournée vers son flanc oriental, et intéressée par ces terres qui prolongent la plaine du nord, cette longue étendue qui commence dans les Frises pour s'étendre jusqu'à Vladivostock. Cela est particulièrement éclairant dans le très bon billet de l'ami Victor (ici).

Il faut donc regarder la prochaine Wehrkunde sous cet angle là également, malgré l'année électorale (voir ici), et malgré la crise économique, deux facteurs qui viennent compliquer l'analyse géopolitique.

Olivier Kempf