Les Monde du 15 et du 16 juillet proposent deux articles fort intéressants, sur le Kurdistan et la Jordanie.
carte extraite de : http://www.imprescriptible.fr/brochure/carte1920
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samedi, juillet 17 2010
Par Olivier Kempf le samedi, juillet 17 2010, 14:19 - Moyen Orient
Les Monde du 15 et du 16 juillet proposent deux articles fort intéressants, sur le Kurdistan et la Jordanie.
carte extraite de : http://www.imprescriptible.fr/brochure/carte1920
mardi, mars 9 2010
Par Olivier Kempf le mardi, mars 9 2010, 21:10 - Irak
Quelques commentaires sur les élections qui viennent de se dérouler en Irak.

1/ Tout d'abord, l'échec d'Al Qaida en Irak signe la victoire, par "symétrie", des États-Unis. Les succès américains sont assez rares pour être signalés. Même s'il faut immédiatement préciser deux choses :
jeudi, décembre 17 2009
Par Olivier Kempf le jeudi, décembre 17 2009, 22:09 - Turquie
Ce qui se passe en ce moment en Turquie est inquiétant
1/ En effet, la cour constitutionnelle a interdit le parti kurde officiel, le PCK (parti des travailleurs du Kurdistan). En soi, ce n'est pas très problématique : cela fait déjà cinq fois qu'il a été dissous, un nouveau parti est déjà né qui prend la relève (le BDP, parti pour la paix et la démocratie) et les députés élus restent en place. Mais c'est le symbole qui est touché, à un moment important. C'est bien pour ça que les émeutes menacent déjà, avec de premiers heurts (voir ici).
2/ Pourquoi le moment est-il important ? parce que le gouvernement turc avait lancé depuis novembre quelques gestes en faveur d'une libéralisation de la question kurde. A l'intérieur du pays, mais aussi avec la guérilla du PKK qui trouve refuge en Irak, dans le Kurdistan irakien.
3/ Or, c'est toute une politique très enracinée qui serait ainsi compromise. Celle-ci était traditionnellement soutenue par le kémalisme. On niait le particularisme kurde (de ce point de vue, on affirme que la langue kurde n'existe pas, et on répète l'affirmation de Mustapha Kemal selon lequel il s'agit de "Turcs des montagnes").
4/ On voit ainsi les ressorts du jeu politique intérieur : le gouvernement est fait d'islamistes modérés. Ceux-ci (démocrates-musulmans, que je nommerai démosulmans) sont donc opposés aux tréfonds de laïcité prôné par le fondateur de la Turquie moderne, M. Kemal. Mais le kémalisme est aujourd'hui en piteux état, et l'opposition a du mal à s'opposer au gouvernement. Toutefois, elle est encore influente dans quelques institutions : l'armée, et la justice, (notamment la cour constitutionnelle).
5/ Ainsi donc, l'affrontement politique laïc contre musulmans se transpose en affrontement "ethnique" : les kémalistes voulant retrouver une certaine popularité en instrumentalisant la question kurde, les "démosulmans" voulant mettre à bas la rigueur laïcisante en cherchant à s'allier les Kurdes (et au-delà, à saper de nombreux symboles du kémalisme, comme par exemple la rupture avec les Arméniens, voir ici).
6/ On est donc loin d'une simple lutte religieuse ou ethnique. Mais les ingrédients y sont. C'est ce qui rend la chose dangereuse.
Le processus ressemble, à bien des égards, à ce qui pourrait arriver en Catalogne (voir ici).
Référence
O. Kempf
samedi, août 1 2009
Par Olivier Kempf le samedi, août 1 2009, 22:08 - Moyen Orient
Qui a dit que le Moyen-Orient n'était pas prêt pour la démocratie ? Personne? et pourtant, on entend (ou sous-entend) cette antienne dans maints cercles occidentaux, l'air de dire : de toute façon, ils n'en sont pas capables. Et l'on s'était gaussé des néo-conservateurs qui avaient cru qu'il était possible d'apporter les valeurs américaines dans ce Moyen-Orient.

1/ D'abord, il est probable que cette justification n'est intervenue qu'après l'intervention en Irak, et qu'elle n'est jamais venue à l'esprit d'un décideur ou conseiller de l'administration Bush, au moment de la décision de la guerre.
2/ Ensuite, si les néo-cons sont critiquables à bien des égards, ils présentent quand même des arguments qui méritent réflexion. Et on a eu tôt fait de les assimiler à G. W. Bush ou aux républicains croyants, alors que les choses sont bien plus compliquées que cela; par ailleurs, le bouquin de Kagan "la force et la faiblesse" demeure toujours une œuvre pertinente, même si je n'en partage pas toutes les conclusions.
3/ Ces déclarations étant données, qu'il soit bien clair que je ne suis pas neo-con (éventuellement vieux-con, mais c'est un autre débat).
4/ Or, j'observe un certain nombre de faits :
5/ Conclusion : contrairement à ce qui vient à l'esprit de beaucoup d'occidentaux, et peut-être le vôtre, cher lecteur, le Moyen-Orient paraît mûr pour la démocratie, puisque chaque fois qu'on lui en donne la possibilité, le "peuple" exprime clairement sa volonté sans tomber systématiquement dans les écueils radicaux ou islamistes (même si, je sais, il y a aussi des contre-exemples : le FIS en Algérie en 1990, ou le Hamas à Gaza il y a trois ans)..
Cela méritait d'être dit. Il faut le garder à l'esprit quand on raisonnera à l'avenir sur la région.
Réf :
O. Kempf
mercredi, février 4 2009
Par Olivier Kempf le mercredi, février 4 2009, 21:25 - Irak
Dans le Monde d'avant-hier, qui relatait les élections irakiennes, on ne peut que sursauter à lire que la démocratie est désormais mature (voir article). Mature ? n'est-ce pas aller un peu vite ? D'accord, 50 % de participation, retour des sunnites, tout ça tout ça.... Mais mature ? ce serait la victoire posthume des néo-conservateurs....
Alors, même s'il y a une part de vérité, il faut raison garder. Analysons.
1/ Le clivage religieux semble dépassé : les radicaux perdent, les nationalistes et les laïques ont le vent en poupe. Le premier ministre invente le terme d'irakiste. J'y vois la conséquence de deux racines fondamentales, qui ne doivent finalement que peu à l'idéologie néo-conservatrice, même si celle-ci peut s'appuyer sur la coïncidence pour justifier, a posteriori, la justesse de ses thèses. A ceci près que les néo-cons paraissent dévalués et inaudibles, pour longtemps. Quelles sont ces causes ?
2/ tout d'abord, l'héritage du parti Baas. On l'a oublié, Saddam Hussein était d'abord un baassiste, donc un laïque, qui voulait inventer une sorte de socialisme arabe. 30 ans de baassisme, surtout quand il est tyrannique, cela recompose une société, surtout quand ce mouvement est présenté comme la voie de la modernité. Or, la difficulté de l'islam constitue justement à se définir par rapport à la modernité. En fait, l'Irak a eu une réponse anticipée à cette question. Il y a des restes profonds dans la Mésopotamie.
3/ ensuite, il faut lire le "Rendez-vous des civilisations" d'O. Todd et de Youssef Courbage pour comprendre que la structure démographique et sociale du Moyen-Orient évolue à toute allure, pour rejoindre une normalité sociétale. Le mouvement de fond pousse à la convergence avec "l'occident", notion si compliquée et si fantasmée qu'on ne sait plus, même en Occident, ce qu'elle signifie. Là encore, les néo-conservateurs n'ont rien vu.
4/ On remarquera surtout que la société irakienne apprend que l'abstention est une défaite. Les sunnites l'ont compris cette fois ci : les Kurdes l'apprendront-ils pour la prochaine fois ?
5/ Outre les facteurs cités plus haut, la solidarité arabe et musulmane demeure le fondement unitaire : il faudra donc voir si justement l'idée nationale irakienne, quoique récente (démembrement de l'empire ottoman), pourra dominer le séparatisme kurde, sachant que quasiment tous les acteurs de la région (Turquie, Iran, Syrie, et même États-Unis) refusent d'appuyer l'indépendance. Les efforts de la Turquie pour simultanément réintégrer les Kurdes (discours sur la turquicité des Kurdes, octroi récent d'une télévision en langue kurde) et combattre le PKK devraient favoriser une autonomie du nord de l'Irak qui n'irait pas au terme de l'indépendance. Si c'était le cas, un modèle irakien survivrait et dépasserait la seule contrainte de la tyrannie pour perdurer. A l'inverse, un séparatisme kurde poussé à son terme, qui aurait sa logique, recentrerait l'Irak sur la Mésopotamie arabe et musulmane, qui consisterait une autre représentation. Les deux évolutions sont possibles. Et en fait, également probables. On est dans une situation où l'initiative individuelle, où la contingence peuvent durablement influencer le destin. La géopolitique n'est pas systématiquement déterministe.
6/ On remarquera pour finir qu'on est frappé de constater, à travers le Moyen-Orient, que la différence entre chiites et sunnites n'est plus aussi essentielle qu'on l'a longtemps cru. Le fait arabe domine l'appartenance religieuse : c'est la deuxième mort d'Huntington.
7/ Ainsi, la démocratie irakienne paraît tout juste adolescente : ce n'est déjà pas si mal, et inespéré six ans après 2003.
O. Kempf
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