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samedi, août 21 2010

Australie, ce lointain occident

Les élections australiennes qui se déroulent aujourd'hui amènent à réfléchir un peu à ce pays si éloigné (antipodique ?) et qui pourtant nous ressemble tant.

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lundi, juin 28 2010

G20, G8, G2 et puis s'en vont

La réunion du G20 à Toronto se clôt sur un bilan fort maigre. "il ne peut pas y avoir de décision historique à chaque sommet", indique-t-on. Et du coup, voilà qu'on nous explique que finalement, le G8 qui était si décrié il y a deux ans, aurait quand même des vertus (cf. article du Monde de ce soir titrant : "les Occidentaux redécouvrent les vertus du ... G8" par A. Leparmentier et C. Lesnes).

photo_G8.jpg (photo tirée d'ici )

Il est déjà significatif qu'on reparle d'"Occidentaux" : le mot avait tendance à disparaître, le voila qui reparait. Deux raisons à cela :

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samedi, mai 1 2010

L’Occident en débat in QI

Questions internationales est une excellente revue. C’est en fait la revue de relations internationales ou de géopolitique que je conseillerais à des jeunes étudiants à la recherche d’une revue sérieuse sur le sujet : moins décousue que Hérodote, moins spécialisée que Politique étrangère, moins militante que Le Monde diplomatique, elle réunit tous les atouts : des dossiers très solides, et un rythme de parution (tous les deux mois) qui autorise une lecture approfondie. Surtout, elle réunit des signatures « sérieuses ». Et tout cela pour un prix modique de moins de dix euros : c’est un vrai service public, chose logique puisqu’elle est éditée par la Documentation Française, maison sérieuse s’il en est.

J’ai tout spécialement apprécié le numéro de janvier-février qui traite de l’Occident en débat. Vous savez que cette question de l’Occident me turlupine depuis que j’ai créé ce blog. J’en ai souvent critiqué la notion, que j’ai toujours trouvé imprécise. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié le petit opuscule de R.-P. Droit, que je ne cesse de citer dès que l’occasion s’en présente.

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vendredi, avril 9 2010

Populisme westphalien

Yves Cadiou nous propose, à la suite d'un billet récent, ses considérations sur le populisme. Non seulement je les trouve excellente, mais en plus elles m'amènent à de nouvelles considérations : l'ensemble mérite incontestablement un billet autonome. Je n'abuse pas du procédé, mais quand c'est fructueux, les exceptions sont admissibles.

O. Kempf (et Y. Cadiou)

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lundi, avril 5 2010

Thé populiste

1/ L'autre jour, un de mes étudiants américains désignait de "fasciste" les mouvements d'extrême-droite européens. Je lui répondait que le mot fasciste, très polémique, devait être conservé pour la désignation historique du XX° s et qu'il valait mieux parler, en ce XXI° siècle, de populisme : et je prenais l'exemple des "tea party", ce mouvement ultra-conservateur qui regarde Fox News aux États-Unis, pour faire la comparaison. J'ai senti beaucoup de surprise et de perplexité dans les yeux de mon Américain, qui n'avait jamais songé à cette assimilation.

2/ Cette perplexité m'a fait également réfléchir.

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lundi, mars 29 2010

Sainte Russie l'expo

J'ai visité ce week-end l'expo sur la Sainte Russie, des origines à Pierre le Grand, qui se tient au Louvre. Autant l'expo Turner est décevante, autant celle-ci suscite un grand intérêt. On peut en effet y aller pour des raisons artistiques (avec notamment des rouges et des verts incroyables), mais on peut aussi y aller pour des raisons culturelles et, au fond, géopolitiques : car on y comprend une "identité" russe qu'il paraît nécessaire d'illustrer. En effet, les ouvrages sur la Russie, (par exemple celui de Heller) manquent d'une iconographie suffisante : même les cartes sont souvent insatisfaisantes. Les atlas historiques manquent également de photos. Quant aux recueils artistiques, ils évoquent des évolutions techniques, picturales, sculpturales, omettant souvent les arrière-plans politiques.

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mercredi, février 24 2010

Afghanistan, le doute saisit l'Occident

Je suis donc (comme annoncé ici) passé hier sur France 24, interrogé par Gauthier Rybinski. L'excellent Charles m'a grillé la politesse et s'est dépéché de le publier sur la toute nouvelle AGS TV.

Vous pouvez le visionner directement sur France 24 (excellente chaine au demeurant, la BBC World à la française).

Et puis vous pouvez aussi le lire directement ici sur you tube

France_24_-_A_la_Une__24_fev_2010__thumb.jpg

J'y dis que la guerre n'est pas forcément perdue, que l'Occident a une vision toujours supérieure (ces barbares ont le droit de tuer, nous n'avons pas le droit de faire des bavures), que les deux opinions publiques sont la cible de chacun des belligérants (non, je n'ai pas prononcé le nom de Clausewitz, mais je l'ai pensé très fort), ...

La quart d'heure de gloire warholien est donc rempli... Il y a même un type, à la cantine, qui m'a dit "mais vous êtes passé hier sur France 24" : encore un lecteur d'égéa .... super physionomiste, car se souvenant du gars qui causait dans le poste.....

Quoi qu'il en soit, et où que vous le regardiez, si vous pouviez mettre vos commentaires sous ce billet...

O. Kempf

mardi, février 16 2010

L'enjeu afghan d'O. Hubac et M. Anquez

Deux jeunes auteurs publient un excellent bouquin sur l'enjeu afghan : nul doute qu'il va très rapidement devenir la référence en langue française sur le sujet.

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Ils ont bien voulu répondre à mes questions, alors que le livre sort aujourd'hui en librairie : en plus chez un vrai éditeur, convaincu et enthousiaste. Mais à lire l'entretien, vous aurez, c'est sûr, envie de lire le livre. Merci à eux.

"L'enjeu afghan : la défaite interdite" par Olivier Hubac et Matthieu Anquez, chez André Versaille éditeur, février 2010, 281 pages, deux cartes, etc... 19,90 euros.

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mercredi, novembre 25 2009

Déclin systématique ?

Dans une tribune publiée par le Monde, Thérèse Delpech (tête pensante du CEA) revient sur la notion de déclin de l'Occident. Il faut savoir qu'avant de devenir une spécialiste du nucléaire, elle a commencé sa carrière comme philosophe, spécialiste de Saint-Anselme.

Saint Anselme ? oui, ça ne dit pas grand chose .... Pour sa bio, voir ici. "L'adéquation entre la chose et la vision qu'on en prend, magnifique définition anselmienne de l'atteinte du vrai". Il s'oppose en cela au nominalisme "Doctrine pour laquelle l'idée générale n'est rien d'autre que le nom ou le terme qui la désigne".

Bien. Je pressens que ce débat a encore une signification aujourd'hui, mais vous êtes sur un blog de géopolitique, pas de philosophie. Mes vaticinations ne s'imposent pas. Donc, au fait.

Donc, dans cet article, Th. Delpech soutient que la notion de déclin est consubstantielle à l'Occident. Que ce n'est donc pas nouveau.

Je comprends ce qu'elle entend démontrer : que le syndrome de la repentance, dénoncé par Bruckner (voir ici ma fiche de lecture), n'est pas forcément une mauvaise chose.

Or, je veux bien la suivre dans sa conclusion, mais pas forcément dans son analyse. En effet, dire qu'on a toujours eu le sentiment du déclin me semble hâtif. Ce n'est pas vrai du XIX° siècle européen, qui dominait le monde. Pensez à l'Angleterre victorienne en 1900 : croyait-elle au déclin ? pensez à l'Espagne du siècle d'or, dominant les Amériques : croyait-elle à son déclin ? Il y a donc suffisamment de contre-exemples historiques pour saper cette proposition.

Pour autant, cela ne rend pas forcément invalide la conclusion. Mais celle-ci doit-être étayée par d'autres arguments.

Me semble-t-il...

O. Kempf

mardi, août 25 2009

Maalouf et le "dérèglement du monde"

Fiche de lecture sur Maalouf (Amin), « Le dérèglement du monde », Grasset, 2009

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Trois chapitres se succèdent dans ce livre de 300 pages : Les victoires trompeuses, les légitimités égarées, les victoires imaginaires.

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vendredi, juillet 31 2009

Amérique, valeurs, Occident et communautés

Je conseille à ceux qui le peuvent de lire le dernier article de François Hauter dans le Figaro de ce matin vendredi 31 juillet) qui conclut son voyage à travers l'Amérique (malheureusement, l'article n'est pas encore en ligne : dans une dizaine de jours....). Il y a décrit l'uniformisation de l'Amérique, et explique qu'Obama a été naïf en matière de politique étrangère. De même, selon lui, la Chine et l'Amérique se ressemblent profondément.

Cela m'amène à plusieurs considérations, qui ne déplairaient sans doute pas à l'ami Immarigeon (qui publie un article dans le prochain DN&SC, "les mésalliés", à lire d'urgence).

Tout d'abord, à propos des valeurs : on ne cesse de nous dire que l'Occident (comprendre les Etats-Unis et l'Europe) ont des valeurs partagées : liberté individuelle, démocratie, tolérance, justice, rationalité.... Or, il me semble que des valeurs sont spécifiques à l'Europe : une certaine laïcité (pas aussi extrémiste que la conception qu'on en a en France, mais malgré tout assez répandue), et le doute. Et le relativisme à tout crin, qui contraste avec l'optimisme et la candeur que l'on constate couramment chez les Américains.

Autre idée : on dénonce souvent le communautarisme des Américains, et la façon qu'il s ont d'admettre toutes les revendications. L'Europe serait (là encore, avec des variations d'intensité, gardons nous de notre œil trop français) plus intégratrice, assimilationiste... Notons tout d'abord que l'Amérique intègre en masse. Et que surtout, j'ai l'impression que notre idéal étatique a fait que nous n'avons cessé d'accorder la forme étatique à toutes les communautés qui en faisaient la demande, au motif du droit des peuples et des critères de Copenhague, quitte à battre en brèche le principe de souveraineté défini à Helsinki en 1975. Or, ces indépendances à tout va ne sont-elles pas une forme de communautarisme abouti ?

Je vous laisse sur ces hypothèses...

O. Kempf

O. Kempf

samedi, juillet 18 2009

Occident et mondialisation financière

1/ On aura lu avec le plus grand intérêt la leçon inaugurale que prononcera J.-C. Milner aux rencontres de Pétrarque, et dont un extrait a été publié dans le Monde du 14 juillet.

2/ Pourquoi cet article retient-il l'attention ? parce qu'il dévoile deux mécanismes qui méritent attention.

3/ D'une part, la mondialisation signifie dans les faits la fin de la domination occidentale sur le monde, puisque les ressources (naturelles et travailleuses) sont désormais réparties à travers le monde. Même la domination technologique (dernier avantage comparatif qui restait à l'Occident) n'y suffit plus, puisque les investissements à l'étranger permettent d'organiser tous les transferts nécessaires.

4/ D'autre part, pour maintenir malgré tout cette domination, l'Occident a inventé un capitalisme financier qui a accompagné la mondialisation des échanges et des produits. Ce capitalisme financier a universalisé les pratiques financières, autour de deux centres principaux, New-York et la City.

5/ C'est pourquoi la crise actuelle est si importante, et pourquoi chacun veut à toute force le rétablissement au système d'avant, malgré toutes les protestations de changement (voir par exemple l'entretien accordé ce jour par T. Geitner, secrétaire américain au Trésor ; "Nous ne voulons pas, alors que nous allons sortir de la crise, reproduire certains déséquilibres qui en sont à l'origine. Notre modèle de croissance doit être plus équilibré et plus stable.").

6/ Je reste quant à moi sceptique envers les annonces de rétablissement économique. Les mêmes causes reproduiront les mêmes effets, et on n'a rien changé "au fond" du système (voir billet sur le G 20). On a juste injecté énormément d'argent pour réinstaurer une confiance minimale (voir mon billet ici, et surtout celui-ci sur la confiance).

7/ Je continue à craindre que les déséquilibres du système (voir mes billets sur la fin de la main invisible) ne persistent ; qu'on est à l'aube d'une crise de confiance généralisée, qui touchera cette fois les dettes d'Etat. Ainsi, peu commentent le fait que la balance des capitaux américaines est de plus en plus négative, ce qui signifie une fuite des capitaux des Etats-Unis. Et chacun note le discours chinois critiquant la sous évaluation du dollar.

8/ Ainsi, la crise affecte en profondeur la dernière domination occidentale. Mais au fond, la question ne va-t-elle pas rapidement devenir : qu'est-ce dorénavant que l'Occident ?

O. Kempf

vendredi, juin 19 2009

Despotisme et élections : ah! ça Iran ça Iran ça Iran, les a.... à la lanterne.....

1/ Pour une dictature, se prêter au jeu des élections est toujours dangereux. Souvenez-vous d'Eltsine, élu président de Russie pour faire exploser l'URSS.Souvenez-vous de Milosevic cédant au Kossovo à cause de l'opposition politique interne, puis quittant le pouvoir l'année suivante à la suite des élections. Mais il s'agissait là de cas européens, et on cherche ailleurs un exemple similaire où les élections poussent un tyran dehors...

2/ C'était pourtant un des projets néo-conservateurs que d'introduire le virus démocratique dans le Moyen-Orient, afin de forcer sa réforme ; on sait ce qu'il en fut, notamment en Irak : il fallut chasser le tyran avant d'introduire un système de vote, encore imparfait ; il en est de même en Afghanistan.

L'ironie de l'histoire veut donc que ce soit un pays de l'axe du mal, une théocratie accusée de tous les maux, un Iran qu'on dit soutenir le terrorisme et de développer l'arme nucléaire, bref, un condensé de toutes les phobies occidentales (seule la Corée du Nord a plus mauvaise image dans nos opinions pleines de bonne conscience et politiquement conformes), que ce soit un tel pays qui illustre la force du virus démocratique.

En effet, l'Iran de la révolution khomeyniste est aussi celui qui introduisit, il y a 30 ans déjà, un système électoral unique dans la région, car participant effectivement à la dévolution du pouvoir. L'inventeur de l'islamisme était aussi celui qui allait permettre de le dépasser.

place_liberte_Iran.jpg Manifestation vers la place de la iberté (à/d http://fr.globalvoicesonline.org/2009/06/19/12712/)

3/ Car de quoi s'agit-il aujourd'hui ? d'un fait révolutionnaire démocratique. Je parle de fait révolutionnaire, car il est aujourd'hui impossible de prévoir l'évolution à court terme du rapport de forces entre un pouvoir recroquevillé mais disposant du monopole de la violence, et une population qui lentement et continûment s'oppose au vol de sa volonté. Mais cette imprédictibilité n'empêche pas de noter que le "grand méchant", "l'ennemi", est aussi celui qui utilise l'arme fondamentale du modèle qui lui est opposé, la démocratie, à la différence de tous les despotismes environnants qui sont, eux, officiellement alliés à l'Occident.

Il y a de nombreuses raisons à cela : d'abord, le fait que l'Iran est un pays beaucoup plus avancé que ses voisins, indépendant de puis plus longtemps, et ayant expérimenté la voie islamiste avant les autres. Tout ceci a été évoqué par E. Todd et Youssef Courbage dans "le rendez-vous des civilisations", qui explique que les crispations actuelles sont d'abord le signe de l'inéluctable modernisation de l'islam.

RDV civilisations Todd

4/ Au-delà pourtant, on a le sentiment d'un accroc dans le drap de l'histoire : comme si on assistait à un saut temporel qui nous fait brusquement entrer dans quelque chose de nouveau, une alter-modernité qui unirait Orient et Occident. Certes, le fait technologique a joué son rôle : on lira avec attention l'excellent billet de Charles dans Electrosphère, repris par ailleurs dans AGS. On pourrait d'ailleurs ajouter que cette technologie permet un soft power, ce que suggère Charles sans en prononcer le nom : la diffusion des idées réformatrices s'accompagnant alors d'un saut technique (parchemin, imprimerie, cybergée).

Mais ce qui paraît le plus fondamental tient à la légitimité. Le pouvoir a le monopole de la violence.Jusqu'à la semaine dernière, ce monopole était légitime, puisqu'il y avait un assentiment autour de la Révolution islamique. Ce qui se passe depuis la semaine dernière est un coup d'Etat qui s'exerce non contre le peuple, mais contre la légitimité. Et il est extrêmement important que le "guide de la révolution", celui dont la fonction consiste à garantir cette légitimité, ait pris "parti". Il était au-dessus, il vient d'entrer dans la mêlée. Ainsi, le raidissement de son discours, manifeste depuis son prêche de ce matin, sanctionne-t-il sa défaite à terme : car perdant la légitimité, il perdra le pouvoir. La question est maintenant de savoir quand : une semaine, un mois ou dix ans....

La légitimité a d'ailleurs changé de camp, puisqu'elle est "non-violente" : la maturité politique des manifestants est remarquable et sidérante ; on a l'impression d'un gandhisme de masse ! comme si la foule en colère savait qu'il ne faut pas favoriser le cycle répressif, qui déchaîne la violence et renforce la brutalité du pouvoir ; qu'il faut au contraire le désarmer spirituellement par l'absorption de sa violence, en refusant la rivalité mimétique dans laquelle veulent entrer les basijis.

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Légitimité, cyberpolitique, contre-mimétisme sont les mots de ce nouveau vocabulaire. Il faut y ajouter communication symbolique, puisqu'il s'agit, encore un fois, d'une révolution de couleur (orange, tulipes, roses, ... fabrications médiatiques destinées à abreuver les scénographies médiatiques) : Celles-ci sentaient toutefois le marketing occidental. Dans le cas présent, le plus remarquable coup de génie consiste à accaparer la couleur de l'adversaire, à la retourner, à lui faire symboliser la conversion : à regarder les images, j'ai d'ailleurs l'impression que les opposants usent du vert clair, quand le vert des islamistes paraît souvent plus sombre : suggestion? ou réalité ? symboliquement, cet éclaircissement serait génial (le vert éclairé, comme il y eut des despotes éclairés : nouvelles lumières).

5/ L'Iran était visionnaire en mettant au jour la "révolution khomeyniste" de 1979 : elle était incompréhensible, orientale, négligée donc. Mais elle annonçait l'entrée du XXI° siècle. Ce qui se passe cette semaine correspond à l'accouchement couronnant une longue gestation (Intifada, Oslo, Tchétchènes, twin towers, Hezbollah, Hamas et Talibans) et l'entrée fracassante dans un monde nouveau.

6/ La conclusion est limpide : tout système de vote corrode inéluctablement le pouvoir. La seule solution consiste à le bannir absolument (Tien an Men et Birmanie). Mais il n'est pas sûr que ce soit plus durable.....

O. Kempf

vendredi, avril 10 2009

A propos de l'Occident (suite)

Zeus Irae nous donne un excellent petit billet sur la notion d'Occident. On le lira avec attention, bien sûr.

Voici ce que je lui laisse en commentaire :

Je me permets de revenir sur l'opuscule remarquable de R-P Droit (voir ma fiche de lecture ici) qui fait le point sur le sujet.

Il y a donc plusieurs choses dans l'Occident : géographique (Ouest, Europe, alliés), religieux (christianisme, Chrétienté), civilisationnel (grandes découvertes, colonisation, humanisme, temps modernes), politique (droits de l'homme), technique (le culte de la maîtrise technologique), philosophique (primat du doute constructeur) : le mot est extrêmement polysémique.

C'est pourquoi on ne peut être "méfiant" : il faut l'appréhender dans sa complication, et savoir à quel niveau on fait allusion quand on utilise le terme.

Pour le reste, je vois un double questionnement contemporain sur le sujet :

- celui de l'unicité occidentale (et pour faire simple, et schématique, celui de la réalité du lien transatlantique);

- celui de la domination "occidentale" sur le monde, non pas politique mais philosophique (droit de l'homme et doute).

O. Kempf

mardi, mars 17 2009

Famille Occidentale ?

J'attire l'attention des lecteurs sur l'intéressant débat soulevé par G. de Rougé. Celui-ci est chercheur au centre d'études transatlantiques (en lien dans la blog liste à droite) et il vient de publier un petit article très fructueux, qui apporte vraiment à la pensée.

Voici 1/ ses commentaires à mon billet sur le discours du président Sarkozy, 2/ ma première réponse, 3/ la sienne. Puis, 4/ quelques remarques pour poursuivre sur ces questions....

1/ GdR: je m'étonne que vous ne discutiez pas davantage la notion invoquée par le PR de "famille occidentale", sujet qui pourtant vous tient à cœur à en juger par certains de vos billets (sur l'article de R Pol-Droit notamment). Ayant publié le 13/03 un petit article (4 p.) sur les rapports entre l'Occident, l'Alliance atlantique, et les risques qu'une dérive occidentaliste pourrait faire peser sur cette dernière, je prends la liberté de vous le transmettre.

2/ OK : Cher monsieur, on ne peut pas tout dire dans un billet. Déjà ai-je le défaut d'une trop grande prolixité.... L'argument des valeurs partagées est en effet régulièrement évoqué par les Américains, et moins pas les Européens. IL faudrait effectivement que je dise un mot là -dessus. Merci en tout cas de vos remarques et de votre article. Bravo surtout de citer ce très beau bouquin de Lucien Fèbvre, qu'il faut encourager à relire.

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Je viens de lire votre article : excellent. A noter que la notion de "puissance relative" a été énoncée pour la première fois par le PR lors du discours des ambassadeurs, si je me souviens bien (voir http://egea.over-blog.com/article-22328261.html).

Amérique, pivot de l'Occident avec le reste du monde ? belle réinterprétation de la théorie de Mc Kinder.

3/ GdR : Excellent, rien que ça ? Bon, je mets cela sur le compte de votre prolixité... A mon tour de l'être un peu. Merci beaucoup de vos commentaires:

- Non seulement l'ère des puissances relatives est mentionnée dans le discours du PR aux Amb. d'aout 2008, mais l'assimilation Occident/Alliance y est particulièrement martelée, votre post de l'époque le souligne d'ailleurs... mea culpa.

- "L'argument des valeurs partagées est en effet régulièrement évoqué par les Américains, et moins pas les Européens." Précisément les Européens l'évoquent plus volontiers aujourd'hui. Une grande différence tient au fait que les EU n'invoquent pas uniquement cet argument à l'égard de l'UE. Du point de vue américain la relation transatlantique n'épuise pas ces valeurs partagées; pour l'UE c'est davantage le cas. Peut-on mettre cela sur le compte de visions différentes de l'Occident ? Il serait en tous cas intéressant de voir avec quel autre continent que l'Amérique (Nord et Sud réunis) l'UE met en avant une communauté/un partage de valeurs. Je ne, vois, à la marge, que l'Afrique.

- Concernant McKinder, je n'en connais que les "lieux communs" ;-) En l'occurrence je dois en partie l'idée d'EU 'pivot de l'Occident' à Anne-Marie Slaughter (cf. ref, America's edge). Cela relève d'un idéal type, il faut bien sûr nuancer. Ni le "paradigme" de l'affrontement sino américain, notamment pas sous l'angle puissance continentale/maritime, ni celui entre hémisphères atlantique et asiatique ne jouent per se, mais ils poussent les acteurs à s'en prémunir: qui en renforçant l'Alliance atlantique, qui en engageant l'Afrique, qui en menant une politique de 'congagement' envers la Chine etc.

Le réflexion doit également être nuancée concernant "l'hémisphère asiatique", qui reste difficile à envisager, tant l'Asie est l'AIRE des puissances relatives par excellence. Les EU pourraient en théorie amorcer un retrait stratégique et laisser s'opérer certains équilibres. Mais ils ne perçoivent ni le balance of power ni la conception asiatique de power (un peu trop européens à leur goût, cf. Lucien Febvre au demeurant) comme des garanties stratégiques. Dans la vision américaine il semble bien qu'un hémisphère asiatique naitrait inévitablement de la guerre. D'où en partie aux EU l'émergence potentielle d'une conception de la 'puissance' proche de celle de l'UE, et qu'ils tenteraient de diffuser en Asie. Concernant les évolutions transpacifiques et les équilibres en Asie, je m'inspire notamment de ce petit livre, Revolution in Strategic perspective, de C. Dale Walton, dont je parlais il y a un an dans "Les Etats-Unis, puissance européenne ?"

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4/ Je retire plusieurs idées novatrices de la lecture de G d Rougé :

- la méfiance envers la notion d'Occident, si évidemment acceptée aujourd'hui qu'elle en est suspecte. Or, l'Occident par "nature" est "une société qui accepte et assume la réappropriation et l’incarnation de son expérience par autrui sans a priori". Autrement dit, l'occidental a vocation à être universel. Ce qui n'est évident à accepter ni par les "Occidentaux" ni par les non Occidentaux. Car il faut aller au-delà de l'apparence suprématiste d'une telle affirmation (et pour tout dire, néo-colonialiste). On se reportera là encore aux pages éclairantes de R-P Droit (voir ici)

- la mondialisation questionne cette notion d'Occident, qui devient, à mesure qu'il se répand culturellement, bien difficile à distinguer. D'où la tentation de le résoudre à Europe + Etats-Unis : ce qui implique le débat sur la "Communauté de valeurs" autour de l'Alliance atlantique.

- pour autant, il y a une autonomie géographique des Etats-Unis. C'est l'époque des puissances relatives, et ils en deviennent une. Dès lors, le pivot géographique de l'histoire n'est plus le heartland MacKinderien, recyclé par Spykman puis par Kennan (l'endiguement), ce n'est plus la masse "russe", mais par un subi retournement, cela devient l'Amérique : qui contrôle les EU contrôle l'île continent, qui la contrôle contrôle les rivages continentaux, qui contrôle les rivages continentaux domine les monde. Car : "dans un monde en réseau, la question n'est plus celle de la puissance relative, mais celle de la centralité dans le réseau".

- ce à quoi, bien sûr, on peut opposer que les EU ne sont pas centrés, mais excentrés.

- enfin, décrire l'Asie comme l'Aire par excellence des puissances relatives me paraît intéressant : pour un peu, on verrait presque le concert européen du XIX ° siècle, avec l'équilibre des puissances, si dénigré aux EU.....

Bon débat....

O. Kempf

jeudi, février 26 2009

Religions chinoises

Je me faisais une réflexion : la Chine aura toujours suivi en retard et avec excès les religions séculières de l'Occident :

  • le communisme, d'abord, à partir de 1949.
  • Le capitalisme, ensuite, à partir de 1979.

A chaque fois, la radicalité impressionne, se présente comme un modèle, jusqu'à ce qu'on aperçoive tous les défauts. Et les admirateurs de la Chine libérale des zones spéciales de Canton rappellent furieusement les maoïstes des années 1960. D'ailleurs, certains sont les mêmes.

Cessons les piques : l'intérêt du XXI° siècle sera d'observer si, réellement, la Chine puis l'Asie construiront vraiment une voie autonome de modernité.

O. Kempf

lundi, février 23 2009

Asie : les idoles tombent

Cette crise est une gigantesque lessiveuse, qui provoque les commentaires les plus étonnants. Même les idoles asiatiques tombent.

1/ Souvenez-vous : on nous expliquait qu’une révolution était en marche, que le siècle nouveau serait asiatique, que c’en était fini de l’Occident, que la Chine, que l’Inde, que....

Montrer un tout petit peu de scepticisme vous faisait passer pour un fou et on vous jugeait pour crime de lèse-majesté.

On sait maintenant : 1/ Que l’expansion très rapide de la Chine et de l’Inde est finie 2/ qu’elles ne continueront pas leur développement de façon autonome, comme certains nous l’expliquaient encore l’an dernier. Pourquoi : parce qu’elles vivaient de la mondialisation économique : en clair, elles vivaient sur la bête.

Or, comme à la chasse, la bête fauve blessée a couru, couru, s’épuisant à mesure et perdant son sang tout au long de la fuite devant les chiens qui la coursent. A la fin, elle s’effondre, exsangue. Plus de ressources.

2/ C’est pourquoi on lira avec intérêt le compte-rendu dans le Monde de Sylvie Kauffmann sur le dernier numéro du Débat (n° 153, janvier février 2009, l'Asie en questions). Elle cite J.-L. Domenach : La Chine a les attributs classiques de la puissance, militaires, politiques, commerciaux. Mais il lui manque « la capacité de projection normative » et surtout « la capacité d’innovation ». Et on en vient à ce passage ébouriffant : « D’ailleurs, confirme l’économiste Diana Hochaich, « il n’y a pas de pays non développé ayant introduit des découvertes scientifiques et technologiques de pointe ». C’est l’Occident qui, pour l’instant, conserve le monopole de l’innovation. Et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles l’Inde capitaliste et la Chine, dont l’économie reste étatique, ne sont encore que des pays émergents ».

C’est tout le débat de l’exception occidentale qui est là posé. Et auquel je n’ai, comme bien d’autres, pas de réponse claire. Mais je suis heureux de voir que le débat existe.

O. Kempf