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mercredi, juin 16 2010

Eurosatory : une visite

J'ai pu passer la journée à Eurosatory, le grand salon de l'armement terrestre. Grâce à Charles que je remercie publiquement ici, j'ai pu accéder à des démonstrations et des explications privilégiées. Que dire de cette journée ?

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D'abord, en introduction (j'étais avec deux aviateurs) : un discours terrien qui assume la technologie et ne se cantonne plus dans l'éternel discours sur la rusticité : mes deux chasseurs (Rafale) ont compris que l'armée de terre fourmillait de sophistication et s'assumait comme arme technicienne.

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mercredi, janvier 20 2010

L’art de la guerre cyber: cyberwar, cyberw-art

Billet dédié à mes cyber-wartistes préférés, bloggeurs, professionnels ou apprentis,, qui se reconnaitront….

La cyberguerre attire énormément la curiosité : le sujet paraît moderne, et beaucoup craignent de rater une révolution technologique entraînant une révolution stratégique : le souvenir de la création de l’aviation marque encore les esprits !

Toutefois, on observe plusieurs réactions :

Tout d’abord, une approche journalistique : ouh ! là ! là ! il y a des grands méchants (les hackers), ah que il veulent que nous faire du mal (nous étant, au choix, les particuliers qui se font plumer leur compte en banque, les entreprises qui se font dauber leurs secrets industriels, les Etats qui se font agresser), ah que c’est la mondialisation, achetez des précautions sinon vous attraperez le sida ! etc, etc. bref, le discours « intelligence économique », plus ou moins évolué.

Une approche militaire : nous sommes dans un monde de l’information, l’information c’est la cinquième RAM, celui qui domine l’info domine tout, il faut donc comprendre que le cyber est un nouveau milieu de la guerre, d’ailleurs on met en place des centres pour ça, qu’ils soient Américains ou otano-estoniens. J'en tremble : le professionnalisme affairé du technocrate en uniforme camouflé, dopé au bodybuilding avec un fort accent américain, et l'air assuré de celui qui est en train de mener la cinquième guerre mondiale. Vous avez raté la quatrième? pas lui, il l'a gagnée, il est déjà dans la prochaine, je vous dis!

Du coup, on se coltine des tonnes de déclarations toutes plus ou moins péremptoires, avec ce qu'il faut d'air entendu, de demi-confidence du gars qui sait, mais qui vous dit un truc important.... Je trouve cela un peu plat. Certes, certains évoquent la nécessité de théoriser tout cela, de produire des doctrines. Mais ça ne convainc pas. Enfin, plus exactement, je ne suis pas convaincu. Pour deux raisons :

  • la première est tout à fait théorique, et je n’ai pas l’impression qu’elle est beaucoup discutée : le cyber est-il seulement un autre milieu de la guerre, qui vient s’ajouter aux milieux déjà existants (terre, air, mer, espace, nucléaire) ? mais alors, on se heurte à l’objection fondamentale de Colin Gray : les nouveaux milieux ne suffisent pas à gagner une guerre, on peut y gagner ou perdre des batailles, mais cela n’entraîne pas forcément le gain ou la perte de la guerre ; au fond, ces nouveaux milieux ne viennent que complexifier la conduite de la guerre. A l’inverse, avons-nous réellement changé de « monde », et la planétisation que j‘évoquais hier a-t-elle pour conséquence un renouvellement complet de la grammaire de la guerre ?
  • la seconde est artistique : avant de théoriser ou de proposer des doctrines, plus ou moins tâtonnantes et opératoires, ne faut-il pas d’abord écrire un « art de la guerre cyber » : quelque chose qui juste en dessous « de la guerre » de Clausewitz, et qui s’appellerait des « principes cyberstratégiques » : quelle attaque ? quelle défense ? que chercher dans l’affrontement ? quelle part au politique, quelle part au stratège, quelle part au peuple ? quelle bataille ? quelles réserves ? d’ailleurs, ce vocabulaire est-il adapté ?

Ainsi, un important travail de conceptualisation me semble nécessaire : il faut pour cela être à la fois technicien et stratège : ce qui est très différent d’informaticien et militaire, si vous me permettez. J’espère qu’il y en a parmi vous…

Il nous faut des cyberwartistes !

O. Kempf

vendredi, janvier 15 2010

Jouons au DAM

Jouons aux dames. Pardons : au DAM.

Directions des applications militaires ? du CEA ? oui, ça existe, et il y a même un article passionnant du Monde sur le Laser mégajoule qui l'évoque ce soir.

Mais ce n'est pas de ça dont je voudrais parler.

Mais de Défense Anti missile.

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jeudi, août 13 2009

A propos de l'article de Desportes sur la technologie

Je vous avais mentionné, l'autre jour (voir billet sur les deux guerres), un article du Gal Desportes dans Politique Etrangère. Le général Gambotti qui l'a lu en tire un certain nombre de réflexions passionnantes, que je publie avec plaisir. Le débat technologique rebondit. O. Kempf

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dimanche, mai 24 2009

La technologie militaire en question Le cas américain de Joseph Henrotin

ça y est : j'ai profité de ce long week-end non pour creuser une tranchée (d'autres font ça très bien ;-))))) mais pour rédiger ma fiche de lecture du dernier opus de Joseph.

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Le débat stratégique contemporain utilise à profusion les termes de Révolution dans les affaires militaires, de transformation, d’Air Power, de boucle OODA, de cyberguerre, d’EBAO, d’opérations réseaucentrées, de C4ISR, de guerre de l’information.... Souvent, nous prenons un air entendu comme si nous savions parfaitement à quoi cela correspond. Or, faut-il le reconnaître, nous n’en avons le plus souvent qu’une vague idée, et nous ne connaissons pas exactement ce que recouvre cette notion, ni surtout ce qu’elle apporte –et ce qu’on lui reproche- à la compréhension des conflits.

Rien que pour permettre de tirer cela au clair, le livre de Joseph Henrotin doit être lu avec attention. Car il apporte à la fois un savoir encyclopédique mais aussi généalogique de quasiment toutes les notions stratégiques contemporaines. Le sous-titre est en effet tout sauf anecdotique : car la technologisation de la guerre est d’abord un fait américain. Et les Américains sont aujourd’hui ceux qui polarisent le débat stratégique, pour plusieurs raisons : ils utilisent régulièrement la force pour satisfaire leurs objectifs de puissance, ils consacrent un budget énorme aux dépenses militaires (tant en fonctionnement qu’en équipement) et ils constituent pour cela la référence occidentale en matière de défense. Pourtant, au-delà de toutes ces raisons, les Américains ont toujours choisi un primat technologique qui leur est devenu une seconde nature. Et leur modèle militaire est d’abord un modèle technologique.

Dire qu’il est « en question » pourrait seulement faire allusion aux limites actuellement rencontrées par les Américains dans leurs opérations en Irak et en Afghanistan, où ils constatent que remporter la bataille initiale ne suffit pas et que la victoire s’obtient en tenant durablement le terrain. Cette borne n’est toutefois que le révélateur d’un débat plus profond. Et c’est ce débat dont rend compte J. Henrotin.

En effet, ce qui apparaît vu d'Europe comme un discours unifié et monolithique apparaît, à l’étude, beaucoup plus foisonnant, compliqué et contradictoire qu’il n’y paraît. Et le questionnement dont rend compte l’auteur est finalement double : il s’agit à la fois du questionnement interne au débat stratégique américain, mais aussi du questionnement extérieur porté par l’observateur sur la nature, le sens et la portée de ce débat.

Car J. Henrotin a tout lu, et surtout il a beaucoup réfléchi. Son ouvrage n’est pas seulement la somme encyclopédique évoquée plus haut, il est aussi réflexion stratégique sur l’idéologie de la technologie. Là se tient le propos fondamental de l’auteur : la technologie n’est pas chose mauvaise en soi, mais son idéologisation est en revanche néfaste. Car la technologie, trop mise en avant, se substitue à la pensée stratégique : au lieu d’être un moyen qui vient répondre aux demandes d’une pensée stratégique, elle devient l’unique instrument de la stratégie et donc l’absence de pensée. Est-il besoin d’ajouter qu’ainsi, l’échec est assuré ?

L’auteur est à l’aise dans le fouillis de la production intellectuelle américaine : sa volonté de franciser les termes est louable, même si on se perd un peu dans les raffinements parfois abscons du discours américain, friand de sigles et de néologismes (inconvénient de la pensée powerpoint, un peu publicitaire, où le slogan se suffit comme argument). L’ouvrage est dense et mérite un effort intellectuel, mais celui-ci est fructueux.

En pointant les limites de la technologisation, ainsi que ses atouts, il permet de mieux comprendre les voies du succès de demain à l’occasion des opérations de contre-insurrection : mais il s’agit là d’un autre débat... On en tire surtout que la boucle OODA, par exemple, présentée comme évidente et universellement admise, peut être critiquée et remise en question. Bref, qu'il n'y a aucune évidence à toutes les théories transatlantiques qui se déversent sur nos rivages aux rythmes des marées du Gulf Stream.

Un ouvrage salubre, exigeant mais nécessaire. Urgent, donc.

La technologie militaire en question (Le cas américain) de Joseph Henrotin, Economica, septembre 2008

O. Kempf

mardi, mai 5 2009

RMA, politique et technologie

Lors du colloque d'hier, M. X. de Villepin (le sénateur) m'a posé une question dont les présupposés méritent d'être approfondis :

"Avec Obama, qu'est-ce qui a changé en matière de RMA ?" (RMA comme révolution dans les affaires militaires).

1/ J'ai d'abord répondu que le plus grand changement dans la remise en cause 'politique' de l'approche technologique n'avait pas eu lieu entre G.W. Bush et Obama, mais entre Le premier et le deuxième mandat de G. Bush, et le départ de D. Rumsfeld : c'est cette décision (et l'arrivée de R. Gates) qui marque la fin du projet RMA-iste. D'ailleurs, le maintien de Gate en est le signe le plus marquant. En revanche, il ne faut pas assimiler la RMA à la seule cyberguerre, car le champ technologique est bien plus large. Et pour le coup, l'arrivée d'Obama introduit un changement, qui est celui de la remise en cause du bouclier anti-missile, pour des raisons politiques (dialogue américano-russe). Cela sans évoquer les coupes de programmes qui vont devoir être effectuées, notamment pour des raisons budgétaires (sur ce dernier point, on lira les chroniques fouillées de Philippe Grasset dans dedefensa).

2/ AU-delà de cette réponse, ce qui est intéressant, c'est le sous-entendu politique : la RMA serait une expression de la doctrine neo-cons. Et il est exact que cela correspond à une partie de la réalité, qui n'a pas forcément été vue jusque là. En effet, on concevait la doctrine neo-cons d'abord comme une vision politique, et on rattachait le plus souvent la mise en avant de la RMA à la vieille conception jominienne de la guerre. Il n'a pas été souvent dit que les deux coïncidaient plus qu'on ne le pensait.

3/ Cela n'est toutefois pas étonnant, puisqu'une politique de défense est l'expression radicale des vues politiques du'n pays, et d'abord d'un gouvernement. Mais je reviendrai sur ce sujet, qui me paraît très important.

O. Kempf

Références : on se reportera notamment à ce site qui entretient le débat sur la RMA.

La cyberguerre a commencé

J'ai rencontré hier Nicolas Arpagian (rédacteur de "prospective stratégique"), qui est l'auteur de l'ouvrage : "la cyber guerre a commencé".

On se reportera à son site pour plus de précisions. Le débat ne fait que commencer, car je connais un auteur qui nous prépare un autre ouvrage, sur un thème proche, et dont je rendrai également compte dès sa parution.

O. Kempf

vendredi, mai 1 2009

Numérisation de l'espace de bataille

J'ai eu entre les mains le dernier "cahier de réflexion doctrinale", publié par le CDEF. IL rend compte du séminaire tactique tenu le 11 décembre 2008. Deux thèmes au sommaire : les espaces lacunaires, et la NEB (Numérisation de l'espace de bataille). L'habitué de ce blog sait que je suis assez circonspect envers cette dernière.

Je m'aperçois, à la lecture de ce cahier (qui sera probablement édité en ligne un de ces jours), que je ne suis pas le seul, et qu'il y a un débat à ce sujet.

1/ Arguments en faveur de la NEB : Sérénité des supérieurs, confiance et marge d'initiative des subordonnés, tenue de la situation, processus de commandement, et efficacité des systèmes d'arme.

2/ Toutefois, on ne se pâme pas autant que ça devant le système : il ne s'agit pas d'une révolution, mais d'une évolution.

3/ Car voici les défauts de la NEB : information surabondante, virtualisation de l'image, complexité et fragilité des systèmes, tendance au micro-management.

4/ C'est selon moi ce dernier danger qui est le plus grave, alors qu'on ne cesse de nous vanter par ailleurs la nécessité de l'initiative, et qu'on fait tout pour la décourager. On présente des exemples favorisant la manoeuvre et la légèreté, et on a des systèmes deplus en plus lourds.

5/ Est-ce d'ailleurs un hasard ? sous influence américaine, on ne parle plus de commandement, mais de commandement et contrôle. On est passé d'un mot à quatre syllabe à un acronyme (C2) qui d'ailleurs n'a cessé de s'allonger : car le contrôle signifie la communication, et le computeur.

6/ L'objectif de la NEB est de percer le brouillard de la guerre, grâce à une meilleure connaissance des "informations" du champ de bataille. C'est oublier Clausewitz : le chef, au cours du combat, ne cesse de voir son idée perturbée par l'afflux d'informations et de détails, plus ou moins contradictoires. Cela risque de le distraire de son idée première. AU lieu de lui faciliter la vie, l'afflux d'information la lui complique. Et il court le danger de se précipiter vers un fait, tombant dans le piège du micro-management. L'information "en temps réel" (je n'aime pas cette expression : connaissez vous des temps qui ne soient pas réels?) augmente son stress et affaiblit sa sérénité.

La NEB, c'est une machine anti-flegme. Mais il est illusoire de la critiquer : le mouvement est parti trop avant pour qu'il soit envisageable de dévier cette inertie.

O. Kempf

Références :

1 : Le site du Centre de doctrine et d'emploi des forces :

2 : Vidéo de présentation de la NEB

3 : La NEB selon wikipedia

4 : Fiche du Cerems sur les conséquences organisationnelles de la NEB

5 : Billet du blog opexnews sur la NEB