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Tag - Transatlantique

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mercredi, mars 10 2010

Robert Gates (MAJ)

Deux billets apportent des visions contrastées du discours de Robert Gates, prononcé dans une allocution prononcée le 24 février dernier, lors du dernier séminaire de la commission Albright de préparation au concept stratégique de l'Otan. Intéressant, car on a une vue américaine sur l'Alliance, mais aussi les relations transatlantiques.

robert_gates.jpg

1/ Deux blogs en rendent compte : celui-ci et celui-ci.

2/ Le second est assez classique : rédigé par le très bon Romain Mielcarek, qui anime le persévérant actudéfense que je j'ai déjà signalé, le billet expose les vues de Gates : en clair, une énième variation sur le burden sharing (partage du fardeau), les Américains reprochant à l'Europe de ne pas dépenser assez.

3/ Le premier billet m'a été signalé parle microblog twitter de scriptio : on y expose des classiques de la théorie économique des alliances (mes étudiants y reconnaitront le "seminal article by Olson & Zuckhauser") : il s'agit d'un bien collectif, qui encourage naturellement des comportements de passager clandestin. Et la sempiternelle plainte américaine, dont Gates nous octroie une version supplémentaire, n'impressionnera aucun décideur européen.

4/ Là où c'est plus drôle, c'est quand notre bloggueur américain, Stephen Walt,(MAJ grâce à MB) nous explique que les Etats-Unis doivent laisser l'Europe à son sort, et faire des économies là-dessus : il sombre dans l'autre tentation ritournelle : "on pourrait se passer de vous". Une sorte de kaganisme neo-con, qui ignore que l'alliance sert autant aux États-Unis qu'à l'Europe ; et que sans cet outil, la puissance américaine, déjà fortement en déclin, perdrait un de ses principaux points d'appui à sa politique "mondiale".

5/ Cela se conclura comme d'habitude par un "cause toujours" européen, et une résignation américaine. En revanche, l'absence de cohésion extérieure (la menace russe) et de projet intérieur (puisqu'on ne s'oriente pas vers un projet grand nordique, voir ici), conjugué à l'augmentation des contraintes (l'Afghanistan) et des forces centrifuges (l'élargissement) affaiblissent la solidité de l'alliance, qui peu à peu, périclitera....

O. Kempf

vendredi, janvier 29 2010

Hillary la bridgeuse annonce les enchères

La géopolitique est souvent une jeupolitique. Mais j'avais parlé des échecs et du go, je n'avais pas pensé au bridge. Or, les négociations internationales ressemblent aussi au bridge : des règles très codées, avec des sous-entendus audibles par les seuls initiés, plusieurs tours d'annonce avant que le jeu commence, en un certain nombre de tours qui sont autant d'affrontements (des batailles), à travers lesquels on doit parvenir à son "contrat", autrement dit son but de guerre.

Il fallait donc l'écouter cet après-midi à l'école militaire. C'était "the place to be", comme on dit en anglais et peut-être aussi en globish. Car Mme Clinton vient de nous montrer qu'elle jouait au bridge.

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jeudi, janvier 28 2010

A propos de la visite d'H. Clinton à Paris

Hillary Clinton vient donc demain vendredi à Paris (voir ici).

1/ Je le signale pour un petit détail : elle prononcera une conférence sur la sécurité en Europe à l'école militaire. Hors, elle sort de la conférence de Londres sur l'Afghanistan et vient à Paris coordonner l'aide à Haïti. Pourquoi ce besoin d'une conférence ? Surtout que cela a été prévu au dernier moment, et qu'on a demandé à l'IRSEM au dernier moment (lundi) d'organiser l'affaire à l'amphi Foch, et que la précipitation fait qu'il n'y aura pas forcément foule pour l'écouter. Comme si le cadre militaire était nécessaire...

2/ Je m'interroge sur cette précipitation, et sur le thème, et sur le lieu. Le thème doit être vu à la lumière des travaux en cours : révision du concept stratégique de l'Otan, négociations bilatérales russo-américaines sur la révision de START II (toujours pas conclues), publication prochaine de la "révision de posture nucléaire", proposition Medvedev de nouvelles négociations globales de sécurité européenne, retournement de position en matière de défense anti-missile...

3/ A cette lumière, la précipitation peut cacher un scoop. Ou alors, un message aux Français : soit parce qu'ils ont négocié le cesser-le-feu russo géorgien en 2008 ; soit parce qu'ils viennent de rentrer dans l'Otan ; soit enfin à cause de leur statut nucléaire et de leur réticence devant l'ensemble des projets américains.

Je glose, je glose.....

On verra demain ce qu'il en sera !

O. Kempf

samedi, janvier 23 2010

De la puissance humanitaire : une vocation européenne ?

Je n'ai pas parlé jusqu'à présent de la catastrophe d'Haïti. Dans le billet d’Alain Frachon, on trouve trois idées qui méritent l’attention :

  • L’humanitaire est un facteur de puissance
  • La logistique est un démonstrateur de puissance
  • L’Europe, qui prétend être la championne de l’humanitaire, n’est pas présente.

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Voilà peut-être des clefs pour dégager des idées de ce qui vient de se passer.

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mardi, septembre 29 2009

Dénuclérisation, entre Iran et transatlantique

1/ Selon B. Obama, la dénucléarisation constitue LE moyen de peser sur l'Iran, mais aussi sur la Corée. Il s'agit de la deuxième option majeure du président, simultanée avec la création de l'AfPak. Le reste (Guantanamo, discours du Caire, ....) n'est que puissance douce et diplomatie publique.On se référera à la promotion d'un TNP plus vigoureux, la négociation SORT avec la Russie, et le discours de Prague en avril dernier (voir billets ici, et ici). Or, cette stratégie se heurte à des avanies assez nettes (voir billet).

(image tirée du billet de D Guimond, news of tomorrow)

2/ Or, le discours du président Sarkozy, la semaine dernière à l'ONU, est intéressant à plus d'un titre, ainsi que le remarque judicieusement Natalie Nougayrède.

3/ La Dénucléarisation, "c'est un rêve". Pour deux raison : on ne désinvente pas l'arme nucléaire . Ce n'est pas le bon moyen pour peser contre le risque terroriste (qui n'est pas fondé sur l'arme nucléaire, mais sur des bombes sales) ni sur des États voyous.

4/ Le nucléaire ne rend pas le monde moins dangereux : Elle n'existait pas en 1914 ni en 1939 ; il n'y a pas eu de guerre majeure depuis 1945 ; surtout, et contrairement à ce que sous entend M. Sarkozy, l'arme nucléaire ne "menace" pas : ce n'est pas une arme offensive, mais défensive (voir ici). Toutefois, le président français ne peut s'appuyer sur cet argument, car alors, comment peser sur l'Iran et la Corée ? il faut donc maintenir le mythe de la "menace nucléaire".

5/ Comme le remarquait I. Lasserre dans le Figaro de samedi (analyse non disponible en ligne), on assiste à un retournement des positions d'il y a trois ans. Pour simplifier, au duo Chirac le doux-Bush le dur, succède le duo Obama le doux-Sarko le dur ! Cela rejoint le creusement du fossé transatlantique, déjà signalé par ailleurs. C'est d'autant plus significatif que M. Sarkozy se présentait comme le plus américain des dirigeants français, et qu'il paraît donc d'autant plus libre à énoncer ses constats. Certes, on peut opposer l'affichage "Obama + Sarkozy + Brown" pour rendre publique l'existence d'un site d'enrichissement à Qom, signe qu'il y a un "trio" transatlantique... Mais je ne suis pas sûr que ce soit très convainquant (d'autant que chacun aura remarqué l'absence d'A. Merkel, autre philo américaine....).

6/ Ainsi, on sent bien qu'un nœud historique est en train de se nouer, et qu'il sera marqué symboliquement par les négociations de Genève qui vont s'ouvrir dans les jours prochains. Un nœud, car il est au croisement de deux trajectoires :

  • - une qui se déroule en Iran (Les gardiens de la révolution contre... le reste du pays
  • - l'autre qui se déroule au-dessus de l'Atlantique, et qu'on a déjà décelé

Curieusement,, ce nœud géopolitique laisse de côté le cas israélien, que l'on croyait constituer le point central entre le Moyen-orient et l'Occident....

C'est vraiment quelque chose d'important qui est en train de se passer : non probablement à cause de la dimension nucléaire, mais parce qu'à cette occasion, elle révèle des réalités qui seraient, autrement, restées celées....

O. Kempf

samedi, septembre 26 2009

L'affaiblissement transatlantique

Constater l'arrêt programmé de la politique britannique du grand large, c'est aussi s'interroger sur l'affaiblissement du lien transatlantique. Or, il tire sa source, principalement, des États-Unis : ça a vraiment commencé sous Clinton, ça s'est poursuivi avec Bush, et il en est de même, quoi qu'on en dise, avec BHO.

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En fait, l'affaiblissement transatlantique est d'abord la résultante d'un désintérêt américain. Mais surtout, il est la conséquence de l'affaiblissement américain.

Ou encore : ce ne serait pas parce que la puissance américaine s'intéresserait à autre chose que le lien transatlantique fléchirait, c'est parce que leur puissance fléchit que les États-Unis n'ont plus la force de porter ce lien transatlantique. Ce qu'on ne sait pas, c'est si la réciproque est vraie : le lien transatlantique renforce-t-il encore les États-Unis ?

A noter que cela a des répercussions ailleurs : ainsi, la Pologne, traditionnellement américanophile, virerait-elle sa cuti (voir ici ce qu'en dit J. Quatremer). Quand à la défense européenne, brocardée par JDM (voir ma fiche de lecture), elle aurait selon N. Gros-Verheyde des vertus qu'on ne voit pas assez.

Bref, le paysage bougerait plus rapidement qu'il ne semble.

O. Kempf

jeudi, septembre 10 2009

L'avenir de l'alliance euro-américaine

1/ Il faut signaler le dernier numéro de "Politique américaine", qui paraît aux éditions Choiseul : "L'avenir de l'alliance euro-américaine".

Comme d'habitude, l'article de J. Dufourcq permet de faire un point lumineux sur le sujet, alors que les meilleurs esprits s'interrogent,dans les cénacles spécialisés, sur la question : en effet, la révision du concept stratégique force chaque capitale à réfléchir à ses positions.

On lira aussi Christian Olson, et Stanley Sloan, mais aussi - et surtout- des considérations sur les relations avec la Russie (Gardner, Gheciu).

2/ Faisons simple : il s'agit de trouver l'architecture qui conciliera :

  • le souhait des pays européens de conserver une relation transatlantique privilégiée
  • le souhait américain d'utiliser l'outil otanien dans leur grande stratégie asiatique
  • la lente émergence de l'UE en matière de défense
  • le besoin européen d'organiser des relations avec une Russie qui, quoiqu'on en dise, a évolué et réclame un cadre de coopération
  • la nécessité d'appréhender les marges : au sud avec la Méditerranée et, plus loin, l'Afrique ; le nord avec l'Arctique ; l'Orient avec le Proche Orient et le Caucase, et au-delà Moyen Orient et Asie centrale.
  • la définition des liaisons avec les autres acteurs (ONU, OCE, UA)

Cette réponse devra, pour chacun de ses points, avoir deux dimensions :

  • une géopolitique (Acceptabilité politique, intrication avec les autres dimensions RI) et les grands risques actuels (démographie, écologie, basculement vers l'Asie) et les conséquences économiques (BITD).
  • une de défense, cf le débat des deux guerres, et ses différentes conséquences : en termes capacitaires, mais aussi conceptuelles, (approche globale, réforme de structure, modalités de l'article 5), dimensions anciennes et nouvelles (nucléaire, cyber, terrorisme, maritime, renseignement, interagence, ...)

O. Kempf

dimanche, août 2 2009

About the next geopolitical reversal UK - Du prochain retournement géopolitique britannique ?

Several signs suggest the possibility of a geopolitical reversal of Great Britain. (this post is dedicated to Corporal Anthony Bodin, who died for France in Afghanistan)

This post is published in English, then in French. Billet publié en anglais et en français.

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lundi, juillet 27 2009

Les Europes et Obama

Évoquer les relations transatlantiques (thème du mois d'AGS) suppose une certaine stabilité. Or, si e thème est intéressant c'est parce qu'on s'interroge sur la variation américaine, due au changement de présidence.

1/ B. Obama a donné les messages qu'il fallait pour se réconcilier avec l'Europe : mots doux à propos de Guantanamo, lettre à l'alliance atlantique, discours du Caire qui semble mettre un terme à la ligne huntingtonienne de l'administration Bush, politesse sur l'Europe de la défense, adoucissement concernant le protocole de Kyoto, etc.

2/ Force est de constater qu'il n' pas été suivi de retour :

  • aucun renfort conséquent en Afghanistan
  • pas d'accueil des prisonniers de Guantanamo

Bref, rien de ce qu'il espérait des Européens ne s'est concrétisé. Comme par ailleurs il ne rencontre ps vraiment plus de succès en politique étrangère, c'est pour lui frustrant. Du coup, le ressentiment laisse la place à l'indifférence (voir ici) et il n'a plus rien à dire ni à demander aux Européens (voir ici)

3/ DU coup, les priorités européennes d'Obama ne sont pas celles où on l'attend. Il s'agit du nucléaire et de la Russie. A chaque fois, pour résoudre le problème iranien.

4/ Le nucléaire, en partant de l'illusion que le désarmement convaincra l'Iran de respecter l'esprit du TNP. voir ici. C'est le sens du discours de Prague.

5/ La Russie en espérant qu'elle acceptera de suivre les Etats-Unis dans les pressions sur Téhéran voir ici. Moyens : en gelant pour cela le Bouclier anti-missile (qui coûte cher et qui est peu crédible), et en décalant le soutien à l'Ukraine et à la Géorgie (c. le voyage actuel de J. Biden dans la région, ù il ne parle que de démocratie.... ce qui est plein de sous entendus).

6/ Cela n'arrange pas les Europe. Car elles sont ici plusieurs.

7/ L'Europe orientale est déçue. La Tchéquie et la Pologne qui ont pris des risques politiques pour le BAM voient que l'affaire tombe à l'eau.

8/ Les pays nucléaires de l'Europe occidentale ne sont pas ravis du nouveau discours nucléaire (même si la question est moins problématique en Grande-Bretagne, qui s'en accommoderait mieux, alors que le nucléaire est encore dogmatique en rance.

9/ On observe ainsi des déceptions réciproques qui ne sont pas dites, tout se passe en famille : on préfère taire qu'évoquer, quitte à ne plus vraiment se parler, sauf lors des mariages et des baptêmes : les fêtes de famille qui ne servent qu'à ça.

EN langage international, ça s'appelle des sommets.

O. Kempf

lundi, juillet 6 2009

B. Obama et la Russie

Ainsi donc, B. Obama est en Russie.

Juste une question : et si on assistait à une sorte de retournement d'alliance (tel que celui imaginé avec l'Iran) : USA et Russie s'alliant (pour le pôle Nord, pour l'Asie centrale, pour circonvenir la Chine), quitte à délaisser l'Europe ?

Juste une question.... car en géopolitique, il faut envisager l'inenvisageable....

O. Kempf

mercredi, mai 13 2009

Des futurs possibles, et de leur sécurité (le Multiple Futures Project) jusqu'à l'interopérabilité (le MIC)

1/ Modéliser le futur est un acte essentiel de toute décision stratégique. A l'heure où l'Otan prépare un nouveau "concept stratégique", ce travail préliminaire devait être fait. Mais le plus intéressant, c'est qu'il a été rendu public, avant même l'écriture proprement dite du concept. La démarche diffère donc des Livres Blancs, où des commissions spécialisées mènent des auditions et produisent un document de synthèse qui pose à la fois le diagnostic et les solutions préconisées.

2/ Ainsi, 250 représentants de plus de 45 nations et 60 institutions ont participé à l'élaboration du "projet des futurs multiples" (Multiple Futures Project). La conférence de clôture vient de se terminer au Commandement allié pour la Transformation, (SACT, à Norfolk). On peut télécharger le document intégral ici (2,95 Mo).

Italian Adm. Giampaola Di Paola, Chairman of NATO’s Military Committee, answers questions during a Q&A session at the Multiple Futures Project Summary Conference in La Hulpe, Belgium May 8.

3/ Qu'en retenir succinctement ? plusieurs scénarios à l'horizon de 2030 :

  • 1er Futur - La face cachée de l'exclusivité (Dark Side of Exclusivity) : how globalization, climate change, and the misallocation of resources significantly affect the capacity of states to maintain sovereignty.
  • 2ème Futur - La stabilité trompeuse (Deceptive Stability) : highlights the requirement to manage the demographic shift resulting from aging populations and young migrants.
  • 3ème Futur - Le choc des modernités (Clash of Modernities) : a world where a strong belief in rationalism coupled with technological innovation has enabled advanced-network societies to connect virtually across the globe.
  • 4ème Futur - Politique des nouvelles puissances (New Power Politics) : a growing absolute wealth, accompanied by the widespread proliferation of WMD/E. This future is characterized by power politics, but in a truly multi-polar world that is dominated by competing regional powers.

4/ Le résultat n'est pas forcément très original, mais on discerne une volonté de sortir des catégories habituelles, du style du choc des civilisation ou des Etats-voyous. On note également la notion de monde multiplolaire. Et ça, c'est nouveau, à l'Otan.

5/ Je signale enfin un article passionnant du dernier numéro de DN&SC (celui d'avril) où les généraux J3 qui participent au MIC évoquent leur travail (Le Conseil multinational d'interopérabilité ( MIC ) et la mise sur pied des coalitions). On s'aperçoit que cette structure, que l'on croyait discrète, se rend publique (voir son site ici).

6/ Surtout, ACT et l'EMUE sont membres associés : cela veut dire que l'interopérabilité se conçoit désormais principalement en intergouvernemental, eg en dehors du cadre allié. C'est réaliste, mais au risque d'être, potentiellement, extrêmement déstructurant pour l'alliance. Celle-ci ne serait plus le laboratoire de l'interopérabilité, qui est, autant que l'article 5, sa raison d'être.

7/ Que le MIC signale son existence au moment du sommet de Strasbourg et alors que l'Alliance travaille à son futur concept n'est pas anodin. Que la conférence MFP soit publique non plus. Il y a actuellement un débat stratégique entre alliés. Et il ne se résout pas à l'Afghanistan ou au nucléaire. Autant le savoir pour y participer.

O. Kempf

jeudi, avril 16 2009

Récapitulatif des billets sur les sommet d'avril 2009 (G 20, Otan, US/UE, ...)

Il m'a semblé utile, pour le lecteur, de récapituler ce que j'avais écrit à propos de ce sommet de Strasbourg, mais aussi de ses à-côtés (G 20, Obama).

Tout d'abord, un premier article d'éclairage comparant Otan et UE : ici

Puis un billet sur le G 20, "pas si historique" : ici

Un premier billet général d'appréciation du sommet de l'Alliance Atlantique, "finalement bien terne" : ici

Et une série de billet l'analysant, sous tous les angles : Afghanistan, opérations, diplomatie publique, élargissement, partenariats, transformation, nucléaire, autres points.

Enfin, un dernier billet évoque le voyage européen de M. Obama.

On attendait donc beaucoup. Finalement, on a assisté à peu de bouleversements, alors qu'on en espérait de plus manifestes, à cause des profondes évolutions de 2008 : affaire géorgienne, crise économique, élection de M. Obama. La crise systémique est, comme son nom l'indique, structurelle. ON a l'impression que les réponses proposées utilisent toujours la même grammaire.

O. Kempf

mercredi, avril 15 2009

Du périple européen de M. Obama

La séquence de la semaine dernière a été donc celle du séjour européen de M. Obama : G 20 (voir billet), sommet de l'Otan, discours de Prague, étape stambouliote.

1/ Commençons par le moins important : le sommet de l'Otan. En fait, malgré toutes les avances (Guantanamo, déclarations polies, passage obligé sur le renforcement de l'Europe de la défense, stratégie afghane euro-compatible), le président Obama n'a émis qu'une demande : des troupes. Encore l'a-t-il fait sotto voce, car il a vite constaté que malgré tous les efforts, les Européens n'en avaient cure. On a eu peine à additionner 5000 hommes de renforcement pour l'été, à l'occasion de la présidentielle.

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Il a pu en tirer plusieurs conclusions :

- Les néo-conservateurs n'avaient peut-être pas totalement tort quand ils dénonçaient la pusillanimité européenne, pratiquant à double titre le principe du passager clandestin : tant pour les dépenses de défense (qui vont aller en diminuant encore) que pour les engagements de troupes. Cela peut s'expliquer de ce côté-ci de l'Atlantique (après tout, pourquoi pas?), Cela se comprend beaucoup moins aux environs du Potomak.

- Du coup, il a les coudées franches pour faire ce qu'il veut en "AfPak", d'autant qu'il a mis les moyens, avec le "surge", de forcer la décision. Que cela s'avère efficace dans la durée est une autre affaire : il ne demandera plus leur avis aux Européens.

- Enfin, il s'est rangé aux critiques anti-otaniennes qui font florès aux Etats-Unis. On a cru qu'il s'agissait d'un prurit bushiste. C'est oublier que la réticence envers l'AA date de la campagne du Kossovo, menée, ne l'oublions pas, par M. Clinton. En clair, ce sont les démocrates qui les premiers ont dénoncé l'inanité de l'AA. Obama a constaté, très rapidement, que rien n'avait fondamentalement changé dix ans plus tard. L'égoïsme européen fait plus pour détruire l'Alliance que les rodomontades des anti-Otan canal historique. Cela étant dit, cet égoïsme ne favorise pas plus la construction de la défense européenne, (on lira à ce sujet l'édito de Carl von C. dans le dernier DSI). Et que la seule solution semble être, logiquement, le repliement sur soi de chaque Etat. M. Sarkozy serait ainsi beaucoup plus gaulliste qu'on ne le dit, et qu'il n'en a probablement conscience.

2/ Un voyage inutile, donc, entre un G 20 peu convaincant et un sommet de l'AA décevant ? Oh! que non. D'abord, car le plus important, à Londres, a été la rencontre avec Medvedev. On se reportera à la déclaration officielle, ou au CR de l'AFP.

120860915.jpg Qu'on les résume :

  • - affirmation des obligations prévues par l'art VI du TNP
  • - négociation d'un nouveau traité appelé à remplacer START avec CR intermédiaire dès le mois de juillet
  • - engagement à discuter des nouvelles conditions d'une défense anti-missile
  • - soutien à l'AIEA, à l'initiative globale contre le terrorisme nucléaire,,
  • - engagement du Pdt Obama à ratifier le TICE (interdiction des essais nucléaires)
  • - promotion d'un nouveau traité interdisant la production de matières fissiles
  • - considérations communes sur la Corée du nord et l'Iran.

Mais le point clef est probablement plus loin : "nous avons commencé les discussions que la sécurité et la stabilité en Europe". On cite la proposition du président Medvedev faite en juillet dernier, et on cite le Conseil Otan-Russie à égalité avec l'OSCE.

Je ne crois pas qu'il s'agit seulement d'une politesse (on fait semblant de reprendre le dialogue entre super grand comme au bon vieux temps, afin de faire plaisir à Medvedev) : au contraire, la sécurité européenne se fera sur une base américano-russe, les Européens étant associés à la marge, et l'Otan n'étant qu'une option parmi d'autres..... et à égalité avec l'OSCE..... !

3/ Le troisième événement du voyage est bien sûr le discours de Prague : non qu'il ait eu lieu à l'occasion d'un sommet USA/UE, mais parce que le président Obama a donné son principe : il faut un désarmement nucléaire. C'est l'alternative au BAM. Ce désarmement passe dans un premier temps par :

- la négociation du successeur du START permettra de réduire l'arsenal américain, mais aussi "nous chercherons à inclure dans cette entreprise tous les Etats dotés de l'arme nucléaire". La France est loin d'être satisfaite de cette position.... - ratification du TICE - promotion d'un nouveau traité interdisant la production de matières fissiles

Le désarmement est suivi, dans un deuxième temps, d'une promotion de la non prolifération, par la consolidation du TNP. , avec notamment la création d'une banque internationale d'approvisionnement en combustible nucléaire.

On le voit, là encore, les objectifs bushiens demeurent, mais la méthode change. On verra si elle est couronnée d'effets.

Conclusion

L'insistance sur le nucléaire n'est pas anodine. Elle constitue en fait l'outil qui va permettre d'animer une approche commune à deux théâtres, mais aussi d'une certaine façon au troisième :

- elle permet d'avoir une politique européenne

- elle permet d'avoir de nouvelles propositions avec l'Iran, et donc d'alléger la dépendance états-unienne à Israël

- elle permet enfin de considérer le problème de l'AfPak : ce n'est plus le terrorisme qui est dangereux (par lui-même), c'est le fait que le Pakistan, puissance nucléaire, soit dans une grande instabilité.

Je reviendrai, bien évidemment, sur l'ensemble de ces éléments.

O. Kempf

mardi, mars 17 2009

Famille Occidentale ?

J'attire l'attention des lecteurs sur l'intéressant débat soulevé par G. de Rougé. Celui-ci est chercheur au centre d'études transatlantiques (en lien dans la blog liste à droite) et il vient de publier un petit article très fructueux, qui apporte vraiment à la pensée.

Voici 1/ ses commentaires à mon billet sur le discours du président Sarkozy, 2/ ma première réponse, 3/ la sienne. Puis, 4/ quelques remarques pour poursuivre sur ces questions....

1/ GdR: je m'étonne que vous ne discutiez pas davantage la notion invoquée par le PR de "famille occidentale", sujet qui pourtant vous tient à cœur à en juger par certains de vos billets (sur l'article de R Pol-Droit notamment). Ayant publié le 13/03 un petit article (4 p.) sur les rapports entre l'Occident, l'Alliance atlantique, et les risques qu'une dérive occidentaliste pourrait faire peser sur cette dernière, je prends la liberté de vous le transmettre.

2/ OK : Cher monsieur, on ne peut pas tout dire dans un billet. Déjà ai-je le défaut d'une trop grande prolixité.... L'argument des valeurs partagées est en effet régulièrement évoqué par les Américains, et moins pas les Européens. IL faudrait effectivement que je dise un mot là -dessus. Merci en tout cas de vos remarques et de votre article. Bravo surtout de citer ce très beau bouquin de Lucien Fèbvre, qu'il faut encourager à relire.

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Je viens de lire votre article : excellent. A noter que la notion de "puissance relative" a été énoncée pour la première fois par le PR lors du discours des ambassadeurs, si je me souviens bien (voir http://egea.over-blog.com/article-22328261.html).

Amérique, pivot de l'Occident avec le reste du monde ? belle réinterprétation de la théorie de Mc Kinder.

3/ GdR : Excellent, rien que ça ? Bon, je mets cela sur le compte de votre prolixité... A mon tour de l'être un peu. Merci beaucoup de vos commentaires:

- Non seulement l'ère des puissances relatives est mentionnée dans le discours du PR aux Amb. d'aout 2008, mais l'assimilation Occident/Alliance y est particulièrement martelée, votre post de l'époque le souligne d'ailleurs... mea culpa.

- "L'argument des valeurs partagées est en effet régulièrement évoqué par les Américains, et moins pas les Européens." Précisément les Européens l'évoquent plus volontiers aujourd'hui. Une grande différence tient au fait que les EU n'invoquent pas uniquement cet argument à l'égard de l'UE. Du point de vue américain la relation transatlantique n'épuise pas ces valeurs partagées; pour l'UE c'est davantage le cas. Peut-on mettre cela sur le compte de visions différentes de l'Occident ? Il serait en tous cas intéressant de voir avec quel autre continent que l'Amérique (Nord et Sud réunis) l'UE met en avant une communauté/un partage de valeurs. Je ne, vois, à la marge, que l'Afrique.

- Concernant McKinder, je n'en connais que les "lieux communs" ;-) En l'occurrence je dois en partie l'idée d'EU 'pivot de l'Occident' à Anne-Marie Slaughter (cf. ref, America's edge). Cela relève d'un idéal type, il faut bien sûr nuancer. Ni le "paradigme" de l'affrontement sino américain, notamment pas sous l'angle puissance continentale/maritime, ni celui entre hémisphères atlantique et asiatique ne jouent per se, mais ils poussent les acteurs à s'en prémunir: qui en renforçant l'Alliance atlantique, qui en engageant l'Afrique, qui en menant une politique de 'congagement' envers la Chine etc.

Le réflexion doit également être nuancée concernant "l'hémisphère asiatique", qui reste difficile à envisager, tant l'Asie est l'AIRE des puissances relatives par excellence. Les EU pourraient en théorie amorcer un retrait stratégique et laisser s'opérer certains équilibres. Mais ils ne perçoivent ni le balance of power ni la conception asiatique de power (un peu trop européens à leur goût, cf. Lucien Febvre au demeurant) comme des garanties stratégiques. Dans la vision américaine il semble bien qu'un hémisphère asiatique naitrait inévitablement de la guerre. D'où en partie aux EU l'émergence potentielle d'une conception de la 'puissance' proche de celle de l'UE, et qu'ils tenteraient de diffuser en Asie. Concernant les évolutions transpacifiques et les équilibres en Asie, je m'inspire notamment de ce petit livre, Revolution in Strategic perspective, de C. Dale Walton, dont je parlais il y a un an dans "Les Etats-Unis, puissance européenne ?"

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4/ Je retire plusieurs idées novatrices de la lecture de G d Rougé :

- la méfiance envers la notion d'Occident, si évidemment acceptée aujourd'hui qu'elle en est suspecte. Or, l'Occident par "nature" est "une société qui accepte et assume la réappropriation et l’incarnation de son expérience par autrui sans a priori". Autrement dit, l'occidental a vocation à être universel. Ce qui n'est évident à accepter ni par les "Occidentaux" ni par les non Occidentaux. Car il faut aller au-delà de l'apparence suprématiste d'une telle affirmation (et pour tout dire, néo-colonialiste). On se reportera là encore aux pages éclairantes de R-P Droit (voir ici)

- la mondialisation questionne cette notion d'Occident, qui devient, à mesure qu'il se répand culturellement, bien difficile à distinguer. D'où la tentation de le résoudre à Europe + Etats-Unis : ce qui implique le débat sur la "Communauté de valeurs" autour de l'Alliance atlantique.

- pour autant, il y a une autonomie géographique des Etats-Unis. C'est l'époque des puissances relatives, et ils en deviennent une. Dès lors, le pivot géographique de l'histoire n'est plus le heartland MacKinderien, recyclé par Spykman puis par Kennan (l'endiguement), ce n'est plus la masse "russe", mais par un subi retournement, cela devient l'Amérique : qui contrôle les EU contrôle l'île continent, qui la contrôle contrôle les rivages continentaux, qui contrôle les rivages continentaux domine les monde. Car : "dans un monde en réseau, la question n'est plus celle de la puissance relative, mais celle de la centralité dans le réseau".

- ce à quoi, bien sûr, on peut opposer que les EU ne sont pas centrés, mais excentrés.

- enfin, décrire l'Asie comme l'Aire par excellence des puissances relatives me paraît intéressant : pour un peu, on verrait presque le concert européen du XIX ° siècle, avec l'équilibre des puissances, si dénigré aux EU.....

Bon débat....

O. Kempf

dimanche, février 15 2009

Sarkozy-Merkel : ce qu'en dit JP Jouyet

Le Monde a publié quelques extraits du dernier livre de JP Jouyet, ex Secrétaire d'Etat aux affaires européennes. J'en extrais ceci, qui tient à la relation SArkozy-Merkel. 9782226189936.jpg

Depuis le début de la présidence française et peut-être même un peu avant, on ne cesse d'évoquer l'agacement que Nicolas Sarkozy suscite chez Angela Merkel. Qu'en est-il ?

Je crois que cet agacement a été réel et réciproque, et qu'il s'est estompé pour cesser tout à fait au moment de la tenue du G20 à Washington en novembre 2008. La chancelière allemande a reconnu chez le président français une énergie, une volonté de trouver des solutions face à la crise qui ont balayé les petites crispations. J'ajoute que l'on a eu tendance à personnaliser les relations entre ces deux personnages portés en pleine lumière, par la tempête financière notamment. Mais il faut savoir qu'entre la France et l'Allemagne, depuis le début de l'Europe, l'Union est un combat, pour parodier les discours que tenait jadis le Parti communiste.

Autrement dit, l'amitié avec les Allemands n'a rien de naturel. C'est une amitié de raison, qui emprunte plus à Hegel et à Descartes qu'à Rousseau et à Goethe. En fait, la France et l'Allemagne ne s'entendent sur rien dès que l'on entre dans les détails. Un exemple : les deux pays sont d'accord pour défendre une industrie forte en Europe contre les visées de la City londonienne ; mais dès que l'on commence à aborder la question par secteur - automobile, chimie, aluminium, aéronautique... -, les antagonismes apparaissent. Face à la crise financière, c'est pareil.

Ainsi, la réunion des deux s'est faite, par la raison, à la suite du G20 en novembre. J'ai l'impression que chez ces deux atlantistes convaincus, chez ces deux sincères américanophiles, le spectacle de la déroute américaine a été un choc déclencheur, et qu'ils se sont rendus compte qu'ils ne pouvaient faire autrement que de se rapprocher.

En clair, l'absence de garant américain force les Européens à l'autonomie.

C'est ce qui sous-tend l'article du 5 février, que j'ai analysé ici.

O. Kempf

samedi, février 7 2009

Déclaration Merkel-Sarkozy : plus importante qu'il n'y paraît !

La conférence de Munich (Wehrkunde, site ici, véritable « Davos de la sécurité » ainsi que je l’ai très tôt surnommée, voir ici §3) qui s’est ouverte ce matin poursuit ses travaux (voir ici), et personne ne doute qu’ils aient un rôle préparatoire au prochain sommet de l’OTAN en avril, et au-delà sur les discussions à venir sur la sécurité européenne. C’est pourquoi il est très utile de décrypter le texte signé en commun par A. Merkel et N. Sarkozy, dans le Monde de Jeudi : ce texte restera une référence pour l’année. (voir ici pour le texte intégral, et voir un autre commentaire ici)

1/ Tout d’abord, chacun aura noté le symbole : les deux dirigeants, qui ne s’entendent guère, font œuvre commune pour revivifier le moteur franco-allemand. Cela corrige l’isolationnisme de l’an passé : celui venant de Paris qui « tirait la couverture à lui » ; celui de Berlin qui s’en allait vers l’est (voir ici) : on avait la désagréable impression d’un lent divorce. La réunion du couple tient à deux facteurs : celui d’afficher une bonne entente avant le sommet accueilli par les deux pays (Strasbourg et Kehl) ; mais aussi, l’émergence de B. Obama qui ouvre un nouveau cycle international et polarise vers lui les regards. Il y a moins de place pour exister individuellement, et la nécessité de peser force les deux riverains à se rapprocher.

C’est pourquoi il faut bien comprendre toutes les arrière-pensées de cette phrase : « Aucun pays n’est aujourd’hui capable de résoudre seul les problèmes du monde ». Autrement dit : Barrack est un sauveur, mais d’abord de l’Amérique. Le « reste du monde » continue de tourner, et nous y jouerons notre part.

2/ En matière de sécurité, les deux dirigeants parlent autant d’OTAN que d’Europe : cette équivalence surprend. Car sans aller jusqu’à l’autonomisme de l’année 2003, il était d’usage d’expliquer la doctrine traditionnelle : l’UE a une compétence générale, quand l’Alliance n’a qu’une compétence relative aux seules questions de défense. Or, pas une fois cette double particularité n’a été rappelée dans l’article. Ce qui est logique de la part de deux néo-atlantistes ; expression surtout de la nouvelle doctrine bruxelliste (voir mon article dans DN&SC de début 2008) qui refuse l’opposition entre les deux organisations.

3/ Du coup, on ne comprend plus très bien à quoi sert chacune. Cela est sensible par l’utilisation massive du mot « partenariat » ou partenaire. Le partenariat est atlantique et transatlantique, il est de sécurité ou « de sécurité et de défense », il est fort, bien sûr, parfois stratégique, ou très important, c’est selon, il est entre l’OTAN et l’UE, entre l’UE et les Etats-Unis, il est avec la Russie, ... A un moment, nos auteurs soulignent que « ces progrès renforcent le partenariat transatlantique de sécurité et l’Alliance atlantique ». C’est que les deux choses doivent être bien différentes !

Bref, ce mot est tellement commode qu’il est employé à toutes les sauces et perd donc de son sens. Etre partenaire, c’est en fait parler poliment aux autres. C’est plus chic que « concertation », plutôt réservé à la scène intérieure.

Du coup, on ne comprend pas très bien ce que les deux dirigeants veulent réellement faire à propos de l’UE et de l’OTAN : comme si l’absence de conception claire était la marque de leur pragmatisme affiché. Après tout, pourquoi pas, même si bien sûr l’analyste, qui théorise et coupe les cheveux en quatre, est bien déçu. Pour simplifier, plus qu’une déclaration d’intention, il s’agit d’une déclaration de bonne volonté. Apparemment.

4/ Car heureusement, ils entrent dans le vif du sujet. La brigade franco-allemande est maintenue, et il y aura un bataillon allemand en territoire français (Strasbourg ?). Et le sommet sera sur une terre franco-allemande. Bref, n’en doutez pas bonnes gens, le moteur franco-allemand tourne encore.

5/ La coopération OTAN-UE ne va pas assez loin : elle doit s’approfondir. Mais on ne nous dit pas en quoi, ni surtout pourquoi. Car pour coopérer, chacun doit apporter quelque chose que l’autre n’a pas. Or, on n’a pas répondu à cette question préalable... C’est qu’en fait, il faut autre chose.

6/ La question des missions de l’Alliance est ensuite évoquée. L’article rappelle l’article 5, puis que l’alliance est une alliance défensive, qui doit apporter « la sécurité commune face aux menaces du monde ». On notera au passage l’équivalence théorique entre défense et sécurité, comme si elle allait de soi. On notera surtout que cette définition défensive est énoncée dans le paragraphe sur la Russie, et non sur celui des missions de l’alliance : il y a un message subliminal évident, n’est-ce pas. Car les missions de l’alliance, ce sont ses opérations, dans les Balkans mais aussi en Afghanistan, où l’alliance lutte contre le terrorisme. Et les deux pays maintiennent que l’alliance « restera engagée ». Les deux précisent la nécessité d’une « approche politique » : on comprend que le débat au sujet de l’Afghanistan tournera aussi (d’abord ?) sur la question de ce traitement politique.

7/ La Russie, donc. Avec qui il faut « reconstruire un partenariat », vous l’auriez deviné. Et c’est ici que s’exprime la différenciation du tandem. La Russie doit respecter Helsinki et la charte de Paris, c’est-à-dire « l’intégrité territoriale, l’inviolabilité des frontières et l’égalité au sein de l’espace atlantique ». C’est assez malicieux quand on sait que la Russie n’a eu de cesse de citer l’intégrité territoriale pour dénoncer l’indépendance kossovienne... et qu’elle avait échangé, à Helsinki, la troisième corbeille contre justement la proclamation de l’intégrité territoriale.

En échange de cette affirmation de principe, les deux proposent de nouveaux critères à l’élargissement : c’est absolument nouveau, car les précédents élargissements avaient été conduits sur la base de critères politiques, et en fait selon la décision américaine. Or, l’accès à l’OTAN suppose :

- « le libre choix de pays européens, des démocraties indépendantes et libres » : évident ? notez le critère européen : il n’y aura pas d’alliance globale, l’alliance reste géographiquement circonscrite à l’aire de l’Atlantique nord. C’est une alliance géographique. Le débat avait été lancé à Riga en 2006, et tous les Européens avaient refusé de suivre les Américains sur une extension mondiale. Le tandem affirme là la position européenne. - « cela implique d’abord à être capable d’en assumer les lourdes responsabilités, d’apporter une contribution réelle à la sécurité des alliés, et de partager leurs valeurs. De même l’élargissement doit contribuer à la stabilité et à la sécurité du continent, qui bénéficie aussi à la Russie. Dans ce contexte, la coopération au sein du conseil Otan-Russie (le COR) joue un rôle essentiel ». Le mot nouveau, par rapport aux critères qui avaient été élaborés dans les années 1990, c’est « stabilité ». En clair, un pays instable n’entrera pas. Autant dire qu’une Géorgie divisée et qu’une Ukraine en permanente crise politique n’entreront pas dans l’alliance. Et que d’ailleurs, tout futur élargissement devra avoir été négocié avec Moscou (via le COR) : les deux dirigeants proposent en fait un droit de veto russe sur les élargissements de l’alliance.

8/ cela vous surprend-il ? c’est que vous n’avez pas tout à fait compris ce dont il s’agit. Nos auteurs poursuivent : ils veulent répondre à la demande de M. Medvedev d’un grand débat sur la sécurité européenne. Il faut reparler d’Otan, d’UE, d’OSCE, de maîtrise des armements (MDA), de désarmement. Il faut donc au préalable renforcer le dialogue avec la Russie tout d’abord dans le cadre du COR, mais aussi entre l’UE et la Russie. Comprendre : si on n’utilise pas le COR, l’Europe le fera toute seule. En marge du dialogue américano-russe.

9/ Car le prochain sommet de Strasbourg évoquera aussi d’autres questions. Celle des capacités. On croit qu’il s’agit du vieux débat sur la modernisation technologique de l’Alliance (référence à l’Initiative sur les capacités du sommet de Prague) ? Que nenni : il s’agit de dépenses budgétaires : Allemagne et France s’approprient la règle des 2% du budget. Nul doute que le tandem y voit un moyen de relancer des dépenses publiques de souveraineté qui feront du bien aux industries nationales, en ces temps de dépression. Il faudra observer le budget allemand sur le sujet (Victor, nous comptons sur toi)

10/ S’agissant du BAM, les négociations doivent associer la Russie : en clair, les deux appellent à geler le déploiement de l’outil et donc à faire résipiscence auprès de Moscou. Car ni Berlin (pour cause de réticence à la question nucléaire) ni Paris (pour cause de maintien de la dissuasion) n’ont été très enthousiastes sur le sujet. Ça tombe bien : Obama non plus n’est pas convaincu, et tout le monde s’attend à un enterrement du projet, ainsi qu’on la compris de sources tchèques.

11/ S’agissant de la MDA, A. Merkel et N. Sarkozy appellent la reprise des négociations START, la ratification du TICE, mais aussi la relance des négociations FCE : à chaque fois, la position est plus proche de Moscou que de Washington.

12/ En revanche, en matière de prolifération, la solidarité avec les Etats-Unis est de mise, le tandem soutenant la plus grande fermeté envers l’Iran.

13/ En conclusion, que dire ? Qu’en fait, les deux pays tirent les conséquences du nouveau siècle qui s’ouvre. Ossétie et crise financière sont passées par là. L’élection de B. Obama n’est qu’un élément de l’équation. Dès lors, les vieux débats ne sont plus de mise, et l’Europe existe d’abord comme acteur stratégique autonome. Les deux dirigeants expliquent ainsi que les vieilles coquilles ont vécu : - peu importe au fond la différence entre Otan et UE : ce n’est qu’un héritage du passé, conservons le pour ce qu’il sert, pas pour développer autre chose. Les intégristes du tout OTAN ou du tout UE sont des doctrinaires. Inutiles. - Allemagne et France sont d’accord sur ces options là : voilà la réponse à ceux qui s’inquiétaient de leur éventuelle discorde. - il faut se rabibocher avec la Russie. Je n’entrerai pas dans le débat de la pertinence de cette perspective, je constate seulement que nos auteurs veulent une Europe qui marche sur ses deux pieds : atlantique à l’ouest, et russe à l’est. - C’est pourquoi ils soutiennent hardiment la nécessité d’une conférence de sécurité européenne. Ce qui est logique, puisque c’est leur priorité d’Européens. Il n’est pas sûr que cela soit celle des Américains.....

O. Kempf

mardi, février 3 2009

L'Islande, européenne....

Ainsi, on évoque une éventuelle adhésion de l'Islande à l'UE (voir ici). Cela appelle quelques remarques.

1/ L'Islande est indépendante avec 300 000 habitants. Elle a toujours été européenne, mais de loin, se sentant en fait très largement américaine : d'abord pour des raisons stratégiques (adhésion à l'Alliance Atlantique dès 1949, les Américains voulant se servir de ce porte avion géant sur la route vers l'Europe. ET aussi pour des raisons financières....

2/ La finance, justement : la crise financière a d'abord cassé l'économie du pays. On assiste à un effondrement général du système financier, puis économique, puis monétaire, et maintenant politique, avec les premières échauffourées politiques, la démission du gouvernement, et maintenant cette éventualité d'adhésion à l'UE, qui n'était pas d'actualité. Restons prudents toutefois : il ne s'agit que d'une éventualité. Mais désormais, on en parle sérieusement.

3/ Symboliquement, la nouvelle est d'importance : elle signifie que l'Europe a plus d'attrait dorénavant que les Etats-Unis : comme si ceux-ci n'étaient plus un modèle. IL va falloir observer également l'évolution des autres Scandinaves atlantiques que sont les Danois et les Norvégiens. Remarquez d'ailleurs, que presque simultanément, la Suède débattait de l'opportunité de rejoindre l'Euro : il faut dire que la couronne est actuellement soumise à rude épreuve. Ainsi, la crise rebat les cartes, et les free riders qui profitaient de la mondialisation et de la dérégulation s'aperçoivent qu'il est opportun de rejoindre des blocs. En terme de puissance douce, l'Europe prend le pas sur les États-Unis.

4/ Pour l'Europe, justement, quel est l'intérêt d'accueillir l'Islande ? certes, d'avoir un pays qui accompagne la Croatie au cours des démarches en cours afin que le prochain élargissement ne soit pas réduit à un seul pays. Plus géopolitiquement, l'idée de toucher aux limites "naturelles" du continent est séduisante, surtout que l'Islande ne posera pas de débat. Accessoirement, une expansion à l'ouest est symboliquement importante, car elle équilibrerait le mouvement d'expansion qui a d'abord tourné au sud avant, depuis vingt ans, de s'orienter à l'est. Enfin, last but not least, l'incorporation de l'Islande permettrait à l'Europe de jouer un rôle plus important du côté de l'Arctique. Certes, l'Islande n'est pas stricto sensu une puissance arctique, mais péri arctique. Il demeure qu'elle contrôle, potentiellement, toutes les sorties sud de l'océan vers l'Atlantique.

5/ Dernière réflexion, sur la notion d'indépendance. Danois et Américains s'accordaient (avant) à promouvoir l'indépendance du Groenland d'ici une quinzaine d'années. Groenland, 58 000 habitants, Islande, 300 000 habitants. Quelque chose me dit que les Groenlandais méditeront l'exemple islandais.

O. Kempf

lundi, janvier 26 2009

Obama écrit à l'Otan

C'est, je crois, une première. Le président Obama a écrit au secrétaire général de l'Otan, pour le remercier de ses félicitations (voir ici la lettre en français).

1/ J'ai vérifié : ni Bush en 2001 et en 2005, ni Clinton en 1997 ne l'avaient fait. Avant, je n'ai pas trouvé de données en ligne sur le site de l'Otan....

Donc (quindi), B. Obama envoie dès le premier jour de sa présidence une lettre à l'Alliance. On est très loin des bouderies du 2ème Clinton (où l'opération du Kossovo avait provoqué la campagne de dénigrement envers l'Otan), sans même parler de la négligence bushienne (la déclaration de Rumsfeld énonçant "la mission fait la coalition" date d'octobre 2001, soit immédiatement après le 11 septembre).

Signe de très grande attention, signe politique très appuyé, cela replace l'alliance au cœur de la politique transatlantique américaine. Au-delà, cela peut signifier également la volonté de réinstaller l'Occident (en acceptant le théorème que l'Alliance est l'expression de cet Occident) au centre des affaires internationales. C'est ce que suggère la phrase "Nos nations partagent plus qu’un attachement à leur sécurité commune : elles partagent aussi un ensemble de valeurs démocratiques.". Certes, le discours sur les valeurs partagées est un classique du discours américain au sujet de l'alliance. Mais il est repris alors qu'il avait été délaissé. Et cela marque plus en Europe que la doctrine du choc des civilisations.

Si on passe les politesses d'usage, qu'en retenir au fond ?

2/ "L'OTAN peut être fière de ce qu’elle a déjà fait, mais il lui reste beaucoup à accomplir, depuis l’aide qu'elle doit apporter au peuple afghan en vue de l’édification d’un avenir meilleur..."

Les choses sont claires : La nouvelle présidence revient vers l'Alliance, mais donne le niveau de ses enchères. En clair, les Européens vont devoir augmenter leur engagement en Afghanistan. Et pour B. Obama, qui accepte l'envoi de 20 à 30 000 hommes cette année (alors que l'an dernier, il n'évoquait que deux ou trois brigades), cet engagement, ce sont des troupes. La guerre, il faut des soldats pour la faire.

Cela ne surprend guère, cela dit, car chacun s'y attendait, et les différents états-majors étudient les choses (voir par exemple ici).

3/ ".... à l’aide qu'elle doit apporter aux peuples du sud et de l'est de l'Europe dans leur processus d'intégration complète à l’Europe démocratique.".

Intégration ! c'est vraiment surprenant, car cela laisse à penser qu'Obama confirme la position bushienne en faveur de la poursuite de l'élargissement, alors qu'on s'attendait, sur ce point, à une rupture. S'agit-il vraiment de poursuivre l'élargissement (et donc, de continuer à soutenir la candidature de l'Ukraine et de la Géorgie? alors que ces deux pays sont en déconfiture politique, l'un à cause de la guerre de cet été, l'autre à cause de la guerre du gaz qui met en relief la division politique intérieure ?

On reste très surpris de cela, car politiquement, tous les observateurs s'accordent à prédire un enterrement de ces velléités? Peut-être s'agit-il alors de mettre quelque chose en parallèle à l'Afghanistan, de façon à pouvoir le retirer... Une position de négociation que l'on sait ingagnable mais que l'on pose pour l'échanger....

Il faudra en tout cas suivre avec la plus grande attention le discours américain à la Wehrkunde de Munich dans dix jours (du 6 au 8 février, voir ici)

4/ On fait grand cas, ces derniers temps, du 'smart power', nouvelle invention du Dr Nye et mélange de puissance douce et puissance dure. Revenir à l'Otan, serait-ce la première manifestation de ce smart power ? Ou encore, en matière transatlantique, Obama = Clinton (H) + Jones ?

Tout ceci est donc diablement intéressant et mérite d'être suivi attentivement, pour prédire les grandes lignes du sommet de Strasbourg-Kehl.

O. Kempf

vendredi, janvier 23 2009

La dérive orientale de l'Allemagne

J'avais l'impression d'une certaine dérive allemande.

Chacun a pu constater l'éloignement progressif des deux rives du Rhin, et la panne progressive du moteur franco-allemand. On attribuait cela à la personnalité de M. Sarkozy, à celle de Mme Merkel.

Il faut ajouter deux considérants :

- d'une part, l'Allemagne ne s'éloigne pas seulement de la France, mais de toute la structure occidentale : aussi bien de l'UE (on voit refleurir l'expression de 'pays du club Méd", qu'on n'entendait plus depuis cinq ans et depuis la pérennisation de l'euro) que de l'Otan : car malgré toutes les déclarations, on voit bien que peu à peu, ce n'est plus l'Allemagne qui est le meilleur élève de l'Alliance, mais c'est la France. En ce sens, le sommet de Strasbourg-Kehl n'est pas symbolique à cause du seul retour français, il marque également l'éloignement allemand. Éloignement qui est aussi transatlantique.

- d'autre part, on voit bien s'accentuer le tropisme oriental de l'Allemagne, tournée vers son flanc oriental, et intéressée par ces terres qui prolongent la plaine du nord, cette longue étendue qui commence dans les Frises pour s'étendre jusqu'à Vladivostock. Cela est particulièrement éclairant dans le très bon billet de l'ami Victor (ici).

Il faut donc regarder la prochaine Wehrkunde sous cet angle là également, malgré l'année électorale (voir ici), et malgré la crise économique, deux facteurs qui viennent compliquer l'analyse géopolitique.

Olivier Kempf