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3 % moins 2 %

Dans le dernier "Monde économie" (excellente publication, je vous l'ai déjà signalée) on appréciera l'édito de Philippe Askenazy (lire aussi ici) sur la question des dettes comparées de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni. Où l'auteur démontre que le moins vertueux est clairement l'Allemagne.

1/ En effet, tout le monde regarde le ratio dette sur PIB. Ouh, les vilains Français et Anglais. Mais si on compare selon les vrais critères de puissance, donc corrigés de la croissance démographique, aussi importante que la croissance économique, on constate ceci "Début 2011, la dette par jeune de 0 à 25 ans atteint environ 90 000 euros outre-Rhin, plus que les 80 000 euros en France ; en Espagne, ce ratio ne dépasse pas 60 000 euros." Autrement dit, les Allemands ont tout à fait raison de serrer les boulons de leurs déficits publics, car ils sont tellement nantis qu'ils ne font plus de gamins et qu'ils doivent sérieusement s'inquiéter pour demain... Ce n'est pas pour cela qu'ils doivent embêter ceux qui font des enfants à les imiter....

2/ Puisqu'on en est à examiner l'économie à l'aune des vrais critères de puissance, voici une idée qu'il serait temps de réétudier sérieusement.

  • Puisque l'impératif de défense doit être partagé par tous et que pour l'instant on assiste à un concours du passager clandestin le plus frileux possible
  • Puisque le monde réarme sauf l'Europe qui du coup, ne peut gérer l'opération en Libye (sans même parler de la volonté politique)
  • Puisque tout le monde s'accorde à dire que 2% du PIB est une part acceptable qu'un pays doit accorder à la défense
  • Puisque chaque pays peut faire ce qu'il veut de ces 2%, insistant ici sur telle dimension matérielle, là sur telle dimension humaine
  • Puisque la règle des 3% est prônée par les pères la rigueur

3/ Alors

  • Sortons les dépenses de défense, dans la limite de 2% du PIB, du calcul du déficit public concourant pour les critères de Maastricht/pacte de stabilité (qui doit être prochainement rénové et renforcé, par un nouveau traité).
  • Cela permettrait à certains, qui se voient régulièrement accusés d'être "irresponsables" et "de ne pas préparer l'avenir", de défalquer les dépenses qu'ils font et qui ne sont pas seulement dans l'intérêt commun, mais dans l'intérêt collectif (européen).
  • quant aux Grecs, on leur déflaquerait 2% de leur déficit, mais on laisserait la différence, puisqu'ils sont à environ 4% de PIB consacrés à la dépense. Les Allemands, qui consacrent 1,4 % de leur PIB à la défense, se verraient déflaquer d'autant (ils auraient donc un solde positif) ce qui pourrait même les encourager à dépenser un peu plus.
  • on pourrait même, tant qu'on y est, insérer une clause de préférence communautaire : au moins 50 % des dépenses d'investissement doivent s'adresser à des constructeurs européens.

A l'heure où l'on va réétudier le Livre Blanc, où la campagne présidentielle s'engage, où l'Europe est en panne de projet et s'aperçoit tous les jours de sa fragilité, cette idée pourrait être hardiment soutenue en France comme à Bruxelles, obtenir une caution européenne et même l'assentiment américain.

Idée en l'air.....

O. Kempf

Commentaires

1. Le mercredi 13 avril 2011, 20:44 par Midship

sans vouloir jouer le père la rigueur, j'ai l'impression que le Pacte de Stabilité a transformé l'idée des critères de convergence, qui prévoyaient un certain Keynésianisme en Keynes à tout va. Ainsi on s'est cru permis de n'avoir qu'au mieux 3% de déficit, sinon plus. Pour faire remonter la croissance, qu'ils disaient.
Au final, il va quand même être temps de s'inquiéter du remboursement de cette dette par d'autres moyens que l'emprunt.
Même si j'applaudis l'idée du maître des lieux, je constate également que 3%+2%=5% maximum d'endettement "avant de se faire taper sur les doigts", ce qui engendre une bosse budgétaire qui est la première à obérer sur les budgets, et donc les capacités des forces militaires européennes, et donc sur les capacités de ces pays.

2. Le mercredi 13 avril 2011, 20:44 par boris friak

Le calcul de la dette per capita est bien entendu sensé, mais il faut tenir compte de la part de la population contribuant à la création de richesses. Au dénominateur il ne faut conserver que les actifs. Quelle est la capacité contributive des jeunes français sans emploi ?

Pour les 2 % : actuellement, en France, les intérêts de la dette dépassent le budget de la défense. La perte de crédit international et la perte de capacité d'intervention publique proviennent aussi du gaspillage des marges de manoeuvre. N'oublions jamais que chaque nouvel emprunt a toujours été justifié par l'effet "booster" sur l'activité du pays (grâce aux belles infrastructures, aux bonnes formations, au développement de telle ou telle filière, etc.) Le résultat de ces gaspillages : des couches et des surcouches de bureaucratie, des frais de fonctionnement de la sphère publique
sans aucune proportionnalité avec les capacités d'intervention, des pratiques clientélistes et court-termistes généralisées et des entreprises plus fortes à la chasse aux subventions qu'à la chasse aux clients.

L'orthodoxie budgétaire n'est pas une fin en soi, la destruction de ressources non plus !

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