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A propos de l'Afrique

Il y a quelque chose de très satisfaisant dans le voyage effectué par le président français, N. Sarkozy, en Afrique. Pour tout dire, quelque chose de plus conséquent qu’on n’aurait pu l’attendre d’un homme connu pour ses impulsions, pour ne pas dire foucades : comme si se manifestait un certain travail de chancellerie et de diplomatie ; comme si ces choses, sérieuses et requérant une approche spécialisée, avaient fait preuve d’une vue longue – ce qui, pour dire le vrai, contraste avec ce qu’on a malheureusement l’habitude d’observer ; comme si, au fond, il y avait là l’expression d’une « politique », dont la rareté contemporaine en ferait le prix.

1/ Le plus important, d’une certaine façon, est le voyage ...

... au Ruanda. Les commentateurs se sont plus à souligner les gestes des deux parties, MM. Sarkozy et Kagame, désireux tous deux de faire un pas vers l’autre sans pour autant se renier. Il y avait une dissymétrie entre les deux situations. Pour la France, quoiqu’on en dise, une relative indifférence à ce qui a pu se passer dans la région il y a quinze ans (« quelque chose comme « on y est allé pour rendre service, on n’a pas génocidé, alors qu’est-ce que vous nous reprochez ? ») ; du côté ruandais, au contraire, une expérience très vivement ressentie (un génocide, excusez du peu) et qui passionne forcément les relations avec l’extérieur.

2/ Que les choses soient ici claires : il y a certainement de la part des Ruandais la nécessité de trouver des responsabilités extérieures, et notamment françaises, à ce drame qui doit pour l’essentiel à une dérive interne difficile à justifier et assumer : partager un peu le poids de la culpabilité permet de soulager sa propre conscience. Dans le même temps, la position française soufrait d’un certain blocage : pour dire les choses simplement, s’il paraît évident que ni la France ni les troupes françaises n’ont été les organisatrices ou même les complices actives des massacres, il y a eu pour autant un certain aveuglement et l’absence de volonté politique de s’opposer à ces excès. Comparaison ne vaut pas raison, mais qu’on se souvienne de l’indignation française devant la passivité des troupes hollandaises à Srebrenica, pratiquement au même moment…. Il ne s’agit donc pas de s’excuser (à l’époque, il n’y avait pas beaucoup de volontaires pour aller essayer de sauver des réfugiés dans ce coin là), mais au moins de prendre conscience que si les intentions étaient bonnes, les actions ne furent peut-être pas à la hauteur de ce qui se passa réellement : tout simplement aussi parce que l’horreur dépassait ce à quoi s’attendaient les uns et les autres, et que la distance entre ce qui se déroulait réellement et ce qu’il paraissait possible de faire a annihilé les réactions, chacun étant frappé de stupeur). Ce long détour psychologique permet de comprendre la vivacité des positions des uns et des autres ; mais aussi que le temps a passé, et avec lui, une sorte d’apaisement (ou, pour être tout à fait exact, de résilience, même si je suis par ailleurs très sceptique au sujet de ce concept).

3/ C’est là où la diplomatie reprend ses droits, et où il faut saluer le travail des diplomates des deux parties, qui sont visiblement parvenus à rapprocher les positions. Des pas l’un vers l’autre ont été accomplis pour surmonter le passé. Car l’important n’est pas là : il est dans la préparation du lendemain, déterminée non par la seule relation franco-ruandaise, mais par l’environnement géopolitique, celui de l’Afrique des Grands lacs. Rappelons, pour ceux qui l’auraient oublié, que le Ruanda était une colonie belge (non française, donc) : voisine de l’autre grande colonie belge, celle du Congo. Et contigüe du Kivu, où les troubles demeurent et pour lesquels la collaboration de Kigali demeure indispensable. Rappelons également la disproportion démographique, entre ces zones très peuplées (Ruanda, Burundi, Kivu) et leur environnement largement plus dépeuplé. Surtout, il s’agit (pour la France) d’un point d’appui d’une politique africaine qui porte son attention vers l’est (au-delà du Kenya, la Somalie) et le nord (au-delà de l’Ouganda, le sud-Soudan et l’Ethiopie) : nul doute que cette perspective est également celle de M. Kagame. Cette image plus large et de plus long terme a imposé des deux côtés ces retrouvailles qui, si elles ne sont pas chaleureuses, sont raisonnables.

4/ Ce voyage fut également marqué par une troisième visite au Gabon : le pays a effectué une transition finalement sans heurts, malgré les craintes (voir ici). Il est surtout celui qui a été retenu comme lieu de la base qui restera à l’ouest de l’Afrique : l’intérêt pétrolier (golfe de Guinée, voisinage du Congo et de l’Angola) et la proximité d’une Afrique centrale jugée plus risquée (surtout avec la diminution marquée du dispositif au Tchad, sans parler d’une éventuelle guerre au sud Soudan et d’une RCA toujours fragile) ont pesé dans ce choix.

5/ Est-ce à dire que le Sénégal est abandonné ? en fait, non. On clôt certes une base, officiellement. Mais on réduit en fait le dispositif dont on garde les fondements, essentiels pour plusieurs raisons : d’une part, Dakar est le seul port en eaux profondes avant… l’Angola ; d’autre part, souvenez-vous de Saint-Ex, c’est une excellente étape aérienne vers l’Amérique du sud … et vers le Gabon. Enfin, la zone est considérée comme plus stable, avec notamment de solides appuis marocain et mauritanien. Ainsi donc, s’il y a affichage du retrait sénégalais, les choses ne sont pas aussi nettes et les positions sont conservées, d’une apparence légèrement différente.

6/ Alors, fin de la Françafrique ? ou au contraire, maintien d’un dispositif quelles que soient les retouches cosmétiques, forcément cosmétiques ? je crois qu’il s’agit de quelque chose entre les deux : une évolution, plutôt !et surtout, l’abandon des fantasmes et l’accent donné à quelque chose de plus réaliste et de plus politique. Comme si on entrait enfin dans des relations entre grands garçons. Et cela, même si le dispositif demeure apparemment le même, c’est nouveau.

O. Kempf

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