Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Au revoir, là haut

Voici un excellent film qui prolonge sa carrière grâce à un bouche à oreille mérité. Comment une histoire commencée l'avant-dernier jour de la Première Guerre mondiale, poursuivie par l'histoire d'une gueule cassée et une arnaque aux monuments aux morts, peut-elle rencontrer un tel succès ? par la grâce, tout simplement.

Un très très grand film, ce qu'indique un signe qui trompe rarement : à la fin, les gens ne se précipitent pas pour se lever et atteindre la sortie au plus vite. Ils restent dans leur fauteuil, prolongeant l'atmosphère du film qui les a emmené si loin. Albert Dupontel se métamorphose en quelqu'un de très grand qui bâtit une belle œuvre, dépassant le tendre trublion jouant les humbles au grand cœur qui était jusque-là sa marque de fabrique.

Voici donc l'histoire d'un trio : celle d'un binôme de soldats, réunissant un petit comptable simplet et un fils de rupin doué d'un bon coup de crayon, que le hasard des tranchées et de la guerre réunit par-delà les classes sociales ; face à eux, un lieutenant sans scrupules, avide d'avancement et d'enrichissement. Nous sommes le 9 novembre, le lieutenant déclenche une dernière attaque, l'artiste en sort défiguré après avoir sauvé son copain qui se met en devoir de lui faciliter son retour à la vie.

Mais réussit-on une vie quand on a perdu, au sens propre, la face ? Nous voici confrontés au retour de ces vétérans à la vie "normale", laissés à leur sort comme dans toute après-guerre, plongés dans les affres d'une gueule cassée comme la Chambre des officiers nous l'avait déjà montrée. Le salut passe par la construction de masques qui permettent à l'artiste de cacher le trou béant et de retrouver une apparence. Un masque, quoi. C'est vertueux, un masque, parfois.

Cette renaissance passe également par une certaine vengeance : l'artiste retrouve son coup de crayon et organise, avec l'aide du simplet, une gigantesque arnaque aux monuments aux morts.

Taisons la fin pour s'attarder sur l'essentiel : la poésie, l'harmonie, l'embellissement et pour tout dire la délicatesse de ce film qui est enlevé et très rythmé, sans aucun des artifices habituellement retenus pour capter l'attention. Une émotion douce avec pourtant de très belles créations cinématographiques : les masques, bien sûr, ou encore des effets spéciaux suffisamment invisibles pour donner ce délicieux sentiment de magie. Le plus important reste bien sûr le jeu des acteurs, toujours justes avec des seconds rôles très soignés.

Bref, un très bon moment qu'il faut se dépêcher d'aller voir, non par nostalgie, mais parce que la grâce ne dure jamais très longtemps, même au cinéma.

O. Kempf

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://www.egeablog.net/index.php?trackback/2151

Fil des commentaires de ce billet