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Cent colloques, et une réflexion

La fin de l'année scolaire apporte son lot de colloques. En voici quelques uns.

source

Mais derrière l'énoncé des colloques, je m'interrogerai sur la question des intervenants.

1/ Signalons ce samedi 21 mai le salon La plume et l'épée, organisé par la DRHAT à Tours, sous le haut patronage de Mme Hélène Carrère d’Encausse Secrétaire perpétuel de l’Académie française : lieu sympathique, et surtout largement promu par l'ami Plantec qui nous envoie (à moi mais à vous aussi, je le devine) son éphéméride militaire. Aujourd'hui, par exemple, création de la LH, et fin de la bataille d'Ag Pia. Pour le salon, renseignements ici.

2/ Le 8 juin, le CSFRS organise les deuxièmes assises de la pensée stratégique. Renseignements ici.

3/ Le 9 juin, colloque du conseil économique de défense, sur "Quels enjeux de sécurité dans un monde en mutation ?" avec le CEMA, le DGA, Ch. de Boissieu, JM Cavada, Pierre Hassner, le CEMM, Marwan Lahoud, le CEMAA, .. : du très beau linge ! Renseignements ici.

4/ Les 16 et 17 juin, colloque international d'éthique militaire, avec pour thème "éthique et alliances", à l'occasion duquel j'interviendrai au milieu d'intervenants prestigieux (Général Georgelin, Chantal Delsol, Mgr Ravel, Benoit Durieux, Michel Yakovleff, ... et tout un tas d'intervenants étrangers de très grande valeur....). Renseignements ici.

La réflexion ? je trouve assez curieux que parmi tous les intervenants des assises de la pensée stratégique, il n'y ait aucun militaire............... La stratégie est-elle désormais réservée aux civils ? ?? Seulement à eux ? Voici une nouvelle bien surprenante ! Bref, est-ce bien sérieux ?

O. Kempf

Commentaires

1. Le vendredi 20 mai 2011, 20:28 par Christophe Richard

Bonjour, la stratégie réservée aux civils...
Plusieurs remarques si vous le permettez à ce sujet:
- Il s'agit de "pensée" or la pensée militaire stratégique est le produit de travail collectif et émane d'organisations (telles que le CDEF ou le CICDE) or, les auteurs sont tout simplement "inconnus" car ils restent dans l'ombre et ne signent pas personellement leurs textes.
- Par ailleurs, la stratégie pratiquée par les militaires est "action", et dans le système français elle accède directement au décideur politique de par le lien direct qui existe entre le CEMA et le président. Mais encore une fois, elle est le produit de travail collectif en état-major. Le stratège est certes incarné dans la personne du CEMA, mais sa liberté d'action dépend sans doutes en partie de sa discrétion. (Le général en chef doit être comme l'eau, immobile en surface et insondable nous disent les chinois)
- Enfin, la pensée stratégique dont il est question ici est tournée vers la fameuse "globalité" qui est à mon avis adossé à l'idée du relatif (au risque du relativisme), et pose la question fondamentale de ce qui peut être "mobilisé" pour agir (en terme de ressources matérielles et morales). Il y a là effectivement matière à débats, et pour le soldat nécessité de faire connaître sa vision de ce que devient "la guerre". Le CICDE a d'ailleurs produit des textes sur ce thème décrivant l'adversaire irrégulier, ou proposant une prospective de la conflictualité d'ici à une génération...

La stratégie est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux civils seulement... La stratégie conserve comme critère la force, de même que le critère du politique demeure la violence. Il serait sage lorsqu'on disserte sur l'approche globale de conserver l'un et l'autre à l'esprit. Cela peut aider à ne pas mélanger les fins, les voies et les moyens.

égéa : oh!   que oui ....

2. Le vendredi 20 mai 2011, 20:28 par Stéphane Dossé

Bonjour,
Tout à fait d'accord avec Christophe Richard. C'est d'autant plus paradoxal que le diplôme de l'Ecole de guerre est le seul qui offre une certification d'expertise de la Défense "en management, commandement et stratégie", délivrée par délégation du Mindef... C'est le seul qui existe à ma connaissance... Peut-être que des lecteurs d'EGEA ont d'autres infos sur les diplômes officiels en stratégie, ce qui m'intéresse pour ma culture.

égéa : j'imagine que quand on sort de Polytechnique ou de l'ENA, on est omniscient.... donc diplômé en tout.... D'ailleurs, quand vous avez une fuite d'eau, vous appelez l'énarque du coin, non ?

3. Le vendredi 20 mai 2011, 20:28 par AGERON Pierre

Je sens dans certains commentaires comme une pointe de mépris ou de jalousie... Chacun a son expertise et sa place. Le souci est de dialoguer ENSEMBLE. C'est peut-être moralisateur mais j'assume.

égéa : mais tout le monde est d'accord pour le ENSEMBLE : c'est bien le fond du problème, semble-t-il. Personne ne croit, aujourd'hui  que les militaires puissent seuls parler de stratégie (on n'est plus au XIX° siècle). Mais il semble curieux qu'on ne les convient pas, a minima comme prétexte (l'un seul eût suffi pour sauver les apparences), évoquer la stratégie nationale......

4. Le vendredi 20 mai 2011, 20:28 par yves cadiou

Ecarter les militaires d’un colloque sur la pensée stratégique fait aussitôt penser à la trop fameuse boutade, usée jusqu’à la corde, selon laquelle « la guerre est une affaire trop sérieuse, etc… ».
La maxime qui s’accorderait le mieux à la situation, compte tenu de l’inexistence sociétale du Soldat, nous viendrait plutôt des Shadoks : « … pour faire le moins possible de mécontents, il faut taper toujours sur les mêmes ».
On peut négliger les militaires : ils ont l’habitude, n’est-ce pas.

Mais pourquoi râle-je, de quoi m’offusque-je, vil jaloux qu’une pointe de mépris picote, on ne les néglige pas tant que ça : on leur réserve quand-même le privilège de s’occuper, en silence et gentiment, des tâches domestiques nécessaires à ce colloque hébergé par l’Ecole Militaire.

« Bonjour ma colère, salut ma hargne, et mon courroux coucou » (Desproges, à peu près).

Lorsque les militaires disent qu’ils s’étonnent, ou disent qu’ils ne s’étonnent plus, de constater qu’aucun d’entre eux n’est convié à exposer son point de vue lors d’assises de la pensée stratégique qui se déroulent pourtant chez eux, on lit que leurs réactions ne sont pas très respectables : « mépris », « jalousie ». Les militaires sont encore souvent supposés n’avoir rien à dire : ils devraient par conséquent trouver normal qu’on ne les invite pas à s’exprimer lorsqu’on vient à l’Ecole Militaire parler de leur spécialité.

Cette tournure d’esprit ne date pas d’aujourd’hui : ma génération, entrée en service à la fin des années soixante, a commencé à vouloir écrire pendant les années soixante-dix et quatre-vingt. Elle s’est alors heurtée non pas tellement à sa hiérarchie ni à un « devoir de réserve » dont on n’a jamais bien su ce qu’il était (j’y reviendrai une autre fois, ce n’est pas le sujet du jour) mais aux rédacteurs-en-chef de la presse grand public qui n’ont jamais accepté de publier un papier, même dans la rubrique « courrier des lecteurs », s’il venait d’un militaire ou d’un ancien militaire traitant de questions de sa spécialité. Pourtant nous étions plusieurs à savoir rédiger, avec quelques idées qui n’étaient pas nulles. Mais non : en notre qualité de militaire la presse ne nous ouvrait pas ses colonnes, sans explication. Quelques uns ont pu faire passer des articles en mentionnant uniquement leur qualité d’étudiant en Défense, sans préciser que l’inscription à l’université intervenait en cours de carrière, après une formation militaire de bon niveau et une certaine expérience de la question.

Aujourd’hui cette situation évolue grâce à la Toile mais il reste que pour avoir accès à l’expression publique par les moyens du XX° siècle, il faut manœuvrer : pour être publié ès qualité dans la presse, le militaire doit proposer un article qui permettra à l’équipe de rédaction de l’affubler d’un chapeau dans le genre « le général pousse un coup de gueule ! ».
C’est ce que fait Jean-Claude Thomann dont les articles sont des analyses pondérées, mais précédées d’une accroche excessive qui les rend publiables.
C’est une méthode du même genre qu’a utilisée Vincent Desportes dont l’interview dans Le Monde, grâce à une formule choc (quand on est actionnaire à 1%...), s’est vu décerner un blâme du Ministre.
Ces deux exemples montrent qu’en dépit d’un progrès, le militaire continue d’être perçu comme un individu qui n’a qu’une alternative : se taire ou aboyer. Un individu plutôt méprisable de ce fait. Pourtant la Toile a montré et confirme tous les jours que les militaires ou les anciens militaires ont quelque chose à dire et que souvent ils le disent bien.

Je n’ai pas coutume d’être grossier alors pour une fois l’effet de style devrait percuter : ras-le-bol d’être pris pour des cons. J’espère que quelqu’un, parmi les organisateurs de ce colloque sur la pensée stratégique, me lit.

Nous n’aimons pas constater que les militaires sont privés de parole dans un colloque intitulé « assises de la pensée stratégique », surtout quand ça se passe à l’Ecole Militaire. Olivier Kempf a raison de le faire observer. Les commentaires qui suivent son billet montrent que son point de vue est partagé.

Il ne faut pas y sentir « comme une pointe de mépris ou de jalousie » mais plutôt une confirmation de ce qui s’est dit dans un autre colloque, organisé celui-ci à l’Assemblée Nationale mais avec des militaires, « place du soldat dans la société » http://www.egeablog.net/dotclear/in...
« Les fractures qui se font jour, dont certaines sont culturelles, ne seront pas résorbées de sitôt. Il y faudra de la constance, de la durée et une sérieuse implication des élites politiques et militaires, accompagnant aussi la levée de quelques blocages et tabous.

Le premier d’entre eux a peut-être trait à la liberté d’expression publique des militaires sur les questions qui les concernent au premier chef et dont ils sont souvent les experts les plus pertinents. »

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