Attentats du 13 novembre : premiers commentaires

Il est toujours difficile de commenter à chaud des événements aussi brutaux et dramatiques que ceux de ce soir. Encore plus pour leur donner du sens. Essayons, au risque d'être démenti et critiqué. C'est forcément flou, comme la photo ci-dessous.

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Le fil des événements.

  • - Peu après 21h00, plusieurs événements se déroulent. Visiblement (non confirmé), un commando à bord d'une voiture (à moins qu'il y ait plusieurs commandos) effectue plusieurs agressions, mitraillant à chaque arrêt des terrasses de bar. Au moins trois endroits dans le X° et le XI°, dernier endroit à proximité de la place de la République.
  • - Simultanément deux explosions vers 21h15 (une troisième vers 21h50?) ont lieu à proximité du stade de France où se déroulait un match de football (le PR est évacué). Il semble qu'il y ait eu deux attentats suicide.
  • - Enfin une prise d'otages a lieu à la salle de concert Le Bataclan, là encore près de République. Encore en cours à l'heure où je m'exprime. On ne sait si les tireurs "mobiles" sont ceux qui se sont retranchés dans le Bataclan ou s'ils ont pris la fuite.

Bilan : à minuit, officiellement 46 morts, certaines sources parlent de 60.

Réaction : déploiement de toutes les forces de sécurité disponibles. Le PR annonce à la télé, peu avant minuit (le Conseil des ministres se réunit dans la foulée) trois choses : l'état d'urgence, la fermeture des frontières, des renforts militaires (on apprend plus tard que 400 soldats sont envoyés immédiatement en ile de France).

Auteurs : pas de revendication. Personne ne doute toutefois qu'il s'agisse de jihadistes, mais on ne sait quelle chapelle (AQ ou EI). Toutefois, plusieurs choses apparaissent immédiatement :

  • Des agressions simultanées ce qui signe une certaine coordination. Toutefois, Il ne s'agit pas de combinaison opérationnelle avec appuis réciproques etc. Mais on pense à ce qui s'est passé à Mumbai en Inde, il y a qq années. Bref, prouve une vraie capacité d'organisation à distance.
  • Si la piste de la mortelle randonnée tient, il s'agit d'un mode d'action "nouveau" (je me méfie, on trouvera forcément des précédents, mais ils ne sont pas fort connus).
  • On ne sait pas si certains ont réussi à s'échapper. Les preneurs d'otage sont encore en place au Bataclan, nombre inconnu. Grande confusion et suivi de situation visiblement difficile de la part des forces de l'ordre. Pas de piste.
  • Hypothèses (attention, il ne s'agit pas d'affirmation, seulement de questions) : On pense forcément à des combattants étrangers, de retour des combats au Levant : hypothèse pour l'instant, l'enquête le dira. Mais il ne s'agit pas simplement de loups solitaires (trois attentats à Saint Denis, on parle d'au moins quatre agresseurs dans le centre de Paris, soit sept personnes en tout ? Hypothèses, toujours), ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de nationaux. En fait, une conjonction entre des nationaux restés en France et des Foreign fighters serait la plus inquiétante.

Signification :

  • Il ne s'agit pas de surprise stratégique, malheureusement. Mais incontestablement un nouveau tournant : une surprise tactique (même si tous les spécialistes du terrorisme annonçaient, depuis des mois, qu'un scénario à la Mumbai était plausible, tous s'y attendaient, malheureusement). Mais surprise tactique pour l'ensemble des Français.
  • Première fois qu'il y a des attentats suicide en France. C'est probablement aussi le plus haut bilan à la suite d’attaque terroriste.
  • Si pas surprise stratégique, il s'agit en revanche d'une rupture stratégique. L'état d'urgence en témoigne.

Manœuvre sémantique

  • Incontestablement, les jihadistes ont réussi à "semer l'effroi", au sens premier. L'émotion du PR lors de son allocution en témoigne.
  • Pas de revendication pour l'instant.
  • Attentats dans le quartier "République", épicentre de la manifestation monstre de janvier dernier, et au stade de "France" : pas besoin d'en ajouter.
  • Grosse émotion en France, évidemment. Constatons que les attentats ont lieu très régulièrement en Irak ou en Afghanistan...
  • Peur d'un côté, résilience de l'autre... Telle sera la réaction française et la cohésion nationale d'abord.
  • Et puis, il y a incontestablement un lien entre théâtre intérieur et théâtre extérieur... En Syrie, tout d'abord, mais aussi au Sahel.
  • La notion de "guerre" prend un nouveau tour...

O. Kempf

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