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dimanche 5 février 2012

Plan-reliefs : géopolitique en trois dimensions

La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre. C'est au fond un des programmes de la géopolitique. Et c'est pourquoi l'exposition en cours des plans-reliefs au Grand palais est si passionnante : car on y voit une géopolitique en trois dimensions, qui suscite bien des réflexions. Non seulement un spectacle, mais aussi l'occasion de questions.

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dimanche 30 octobre 2011

MENA, acronyme à la mode

Et voilà : cela faisait longtemps qu'on n'avait pas eu un acronyme pour nous expliquer le monde : après BRICS, BASIC, PIGS.... (cf. mon billet d'il y a deux ans), voici MENA. Bon, MENA n'est pas très nouveau, mais ce qui est significatif, c'est qu'il revienne au devant de la place publique. Pas un hasard....

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jeudi 12 août 2010

Caste et net

Un article très intéressant, dans Le Monde de ce soir, sur la question des castes en Inde qui sont remises en cause par Internet.

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mercredi 16 décembre 2009

BASIC PIGS

La famille des mots de la géopolitiques ne cesse d'augmenter, grâce aux acronymes qui se multiplient.

Les deux derniers sont BASIC et PIGS, apparus cet hiver (je sais, c'est le 21 décembre, mais les températures ayant plongé, vous admettrez pour la démonstration que l'hiver est là).

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jeudi 6 août 2009

Les mots de la géopolitique du monde

Les mots utilisés pour décrire le monde ne sont pas anodins. Ils portent la plupart du temps une représentation géopolitique.

photo_mondialisation.gif (image venant de www.marrakech-ville.com)

1/ Nous pensons immédiatement au mot "mondialisation". Il est d'ailleurs curieux de noter que l'anglais retient "globalisation" ou "globalization" qui renvoie à l'objet, le globe et sa dimension sphérique : le français parle du monde, plus général et conceptuel.

2/ Le "monde bipolaire" a eu plusieurs successeurs directs : "unipolaire", "hyperpuissance", "multipolaire", entre la fin des années 1990 et le début des années 2000.

3/ "emerging markets" (marchés émergents) que tout le monde emploie sans réfléchir, date de 1981, quand Antoine van Agtmael le propose chez Bankers trust : cela remplace avantageusement "tiers-monde", tellement vieillot et famélique quand "nouveaux pays industrialisés" sonne trop l'analyse géographique.

4 Mais les crises de la fin des années 1990 (Mexique 1994, Asie du sud-est en 1997, Russie en 1998) font planer une menace sur ce groupe d'émergents. Comment le recycler ? en inventant les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), même s'il y a loin entre une économie de rente pétrolière et une croissance dopée au yuan sous-évalué. Le concept de BRIC date de 2001.

5/ Un des derniers à la mode est le "chindia", afin de montrer que tout se joue en Asie. D'ailleurs, n'est-ce pas, chacun sait qu'il y a un "déplacement du centre de gravité vers l'Asie".... C'est "indiscutable", tant ça appartient aux mantras dont on ne discute pas. Du coup, chacun y va de son néologisme, Eurabie, Arasie, etc....

6/ Cela suffit-il ? non, bien sûr, puisqu'il y a eu l'éclatement de la bulle financière. La solution? un nouveau mot. Par exemple G 20, alfa et oméga de tous les discours contemporains sur la gestion du monde..... Même si un Brzezinski invente le G2, dans le Financial Time de janvier 2009. Les deux ? Chine et Amérique, la "chimérique chinamérique" (Michel Foucher)...

Cette petite recension illustre à quel point les mots utilisés par les média ne sont pas aussi neutres qu'il y paraissent, et méritent d'être questionnés....

O. Kempf

mercredi 29 juillet 2009

Emblèmes : des tas d'aigles, et un seul coq....

Les pays ont plusieurs moyens de se représenter : un roi, un drapeau, un hymne, une devise, une figure (Guillaume Tell pour les Suisses, le Sénat pour les Romains). Clarisse avait donné une excellente interprétation comparée des drapeaux américain et européen.

Or, cette représentation peut aussi être un animal. Les rois de France, déjà, aimaient se symboliser par un animal (le porc-épic, la salamandre, le dauphin, l'hermine en Bretagne).

1/ Or, je constate qu'un nombre incroyable de pays ont choisi l'aigle comme symbole : l'aigle impériale figure (ou a figuré) aussi, sous différentes formes, dans les armes d'Autriche, de Russie, de Prusse, de Pologne, de Sicile, d'Espagne, de Sardaigne, etc.; l'Autriche, la Russie et la Prusse portaient l'aigle à deux têtes.

2/ Mais ce n'est pas spécifique à l'Europe. Les États-Unis ont choisi une sorte d'aigle, le pygargue à tête blanche. On trouve l'aigle dans les pays arabes (Égypte, Irak) en référence à l'aigle de Saladin, au Mexique, en Namibie, ....

3/ L'aigle a plusieurs références antiques : Saint-Jean l'évangéliste est nommé l'aigle de Patmos. Mais ce sont surtout, les légions romaines qui choisirent l'aigle. Ce symbole de domination militaire et impériale explique que les chevaliers teutoniques l'aient repris, ainsi que tous les empires européens : le SERG, les empires déjà évoqués, mais aussi notre Napoléon national (qui choisit simultanément, à l'intérieur, l'abeille).

representatin_coq_gaulois.jpg

4/ Devant ce ciel aussi incroyablement encombré d'aigles orgueilleux, dominateurs et rapaces, il est amusant de noter que seule la France a choisi un oiseau qui ne vole pas, mais qui chante, le coq. Amusant puisque le symbole date d'un jeu de mot romain (gallus veut dire Gaulois et coq), voire anglais au milieu du moyen-âge. Évoqué dès la Révolution, le coq a eu de succès sous la Restauration et au XIX° siècle. A la fois religieux (compagnon du Christ, il dit le plus tôt la lumière qui arrive, et donc la vérité et la justice, d'où sa présence au faîte des clochers), il est également laïque (sous la IIIème République. Il est aujourd'hui un peu délaissé, sauf dans les rencontres sportives.

5/ Le coq ne vole pas, et il trône sur un tas de fumier. Mais il chante fort et réveille tout le monde. Manière de marquer une différence, un discours autonome au monde, et peut-être la seule exception française. Le fait qu'il appartienne moins à l'imaginaire collectif est peut-être le signe de la disparition de cette exception....

Références

O. Kempf

mercredi 1 juillet 2009

Géopolitique de Michael Jackson....

Ainsi donc, une idole est morte. Cela a-t-il à voir avec la géopolitique ? a priori, bien peu, il faut en convenir. Toutefois, au risque de tomber dans le travers de l'économie qui prétend tout expliquer, on peut essayer de commenter cet événement au prisme de la discipline.

h_9_ill_1211757_d40f_878132.jpg REUTERS/HO : Une peinture de Michael Jackson habillé en roi, par Norman Oak.

1/ On se reportera tout d'abord au cours et brillant billet de mars attaque, qui montre que médiatiquement, cette nouvelle permet de passer sous silence la répression en cours en Iran. La bulle médiatique est devenue un espace à lui seul, une "infosphère", lieu d'affrontements stratégiques désormais bien appréciés (même si on a encore du mal à les utiliser). Ce nouveau "lieu" de bataille s'ajoute aux lieux précédents (terre, mer, air, espace, cyber, nucléaire, ...) et ne saurait les remplacer, mais juste ajouter à leur complexité. Relire Colin Gray

2/ Utiliser le mot d'idole n'est évidemment pas anodin. On pourrait bien sûr remarquer que la fabrication des idoles est une industrie coutumière du XX° siècle passé, et qu'on s'aperçoit que ce XXI° siècle n'arrive plus à fabriquer des idoles (voir l'excellent article de Thomas Sotinel). Même si je n'ai pas beaucoup d'inquiétude (est-ce le bon mot? : d'illusions, plutôt) quant à la capacité des sociétés de demain à continuer le panem et circenses.

Au-delà pourtant de cette description "économique", il faut noter également l'aspect religieux de la dévotion dont le chanteur était l'objet. Idole. Figure, statue représentant une divinité et exposée à l'adoration. M. Jackson n'était-il pas une "figure", une "représentation" ? n'était-il pas "exposé" ? N'y avait-il pas "adoration", certes extrêmement dévoyée par rapport au sens primitif de l'antiquité, mais adoration contemporaine? Pour qui en douterait, on regardera le dernier Ken Loach, "Looking for Eric", où la "divinité" intervient magiquement dans la vie de l'adorateur afin de lui permettre de surmonter ses difficultés existentielles ?

3/ La religion est souvent considérée comme un facteur géopolitique. J'en ai même fait une catégorie de billets. Religion, à la fois religio (crainte du sacré) et religare (relier) : la double étymologie classique sert à comprendre ce qui est ici important : derrière le simulacre de "religio" (puisqu'à l'évidence, une star, M. Jackson pas plus que les autres, n'est sacrée), ce qui compte est le "religare", la dimension horizontale de la religion. Elle est ici totalement laïcisée, et a donc un intérêt géopolitique. Il n'est pas anodin, en effet, qu'on parle autant de M. Jackson alors qu'il n'avait plus de succès ; et que l'émotion paraît largement surjouée par la plupart des émus; qu'au fond, l'émotion tient plus à ce qu'il a été (autrefois, dans "notre jeunesse", ce qui marque donc le temps qui passe) qu'à un vrai deuil, impossible dans la mesure où il n'y avait pas d'intimité. Mais plus que ce rapport au temps, qui a été noté par plusieurs commentateurs, ce qui est intéressant est l'universalité de l'émotion : en ce sens, M. Jackson est une icône de la mondialisation culturelle. Elle est objet de partage, avant que d'être uniformisation. Elle est "point commun", "plus petit commun dénominateur" de la modernité contemporaine. Et donc, pas forcément méprisable.

4/ Tout ça pour un histrion, un saltimbanque, un homme du loisir et de l'oisiveté ? Oui, tout ça pour ça. Regardez les fêtes au village de Brueghel et confrères : la fête commune est lieu d'intégration, de communauté villageoise, d'identité. J'ai prononcé ci-dessus le mot "représentation", l'avez-vous remarqué ? Populaire ? ne méprisons pas le peuple. M. Jackson est un outil de représentation de l'universalité contemporaine.

5/ Ou plutôt, était : c'est bien pourquoi il faut revenir à l'article de Sotinel : sera-t-il possible demain de construire de telles idoles? du moins, des idoles qui durent plus qu'un été ? La mort de M. Jackson n'est-elle pas la mort symbolique d'un certain système? Il est probablement trop tôt pour y répondre, mais on peut déjà se poser la question. La mort de Jackson serait, selon cette interprétation, une réplique de la faillite de Lehman. Un symptôme.

6/ Vient enfin le dernier point, à mon avis le plus surprenant, celui de la transformation de M. Jackson. Certes, dès le départ, les Jackson Five furent fabriqués par Tamla Motown. Mais le plus intéressant fut, une fois le succès arrivé, la poursuite d'une transformation de l'individu. On lira l'étonnante chronique de Francis Marmande. Tout était devenu artificiel, comme le symbole des artefacts du modernisme. Les fantasmes contemporains : rajeuni, asexué, nez droit et fin, peau blanche. Peau blanche, surtout. Je ne comprends pas que les noirs américains disent qu'un des leurs s'en va : il n'était plus des leurs. B. Obama est un symbole bien plus positif que MJ. Celui-ci était devenu le phénomène de la déculturation planétaire, il devait logiquement devenir cet androgyne sans relief, qui d'ailleurs inquiétait : à la fin, cela entravait son succès. Mais le plus surprenant fut l'abandon des racines, le rejet de l'identité originelle, la volonté de "devenir", au sens propre, quelqu'un d'autre : là encore, il était le symbole du trouble identitaire qui anime la géopolitique mondiale depuis, mettons, 1989.

7/ Sa fin renvoit ainsi à un autre basculement, peut-être : 2009 serait ainsi l'année où Barack Obama aurait remplacé M.Jackson dans l'imaginaire noir à l'intérieur des Etats-Unis, et dans le soft power américain à l'extérieur.

8/ Tout cela est-il vraiment de la géopolitique ? non, pas vraiment, il faut bien en convenir. Mais ces quelques remarques ne déparent toutefois pas trop sur ce blog : et vous voudrez bien me les pardonner....

O. Kempf