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mercredi 31 juillet 2013

Sur la théorie des alliances

Une alliance est l’engagement d’assistance entre États partenaires. C’est alors « un traité par lequel deux puissances s’engagent à se porter mutuellement secours, soit par une action militaire, soit par tout autre moyen au cas d’une guerre affectant l’une d’elle ».

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dimanche 4 novembre 2012

Régionalisation/spécialisation

Très court billet ce soir. Et je publierai tard demain...

Or donc, terminant le remarquable "Géographie historique de la France", par Xavier de Planhol, je remarque qu'il explique qu'autant l'espace français était assez monotone et indifférencié jusqu'à la révolution industrielle, autant celle-ci, accompagnée du développement des transports, a suscité une spécialisation des régions.

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En fait, une sorte de ricardisme infra-national, rendu possible grâce à l'émergence du grand marché national. Mais à la différence du ricardisme classique (international, qui n'a jamais très bien marché : encore une théorie économique classique qui rend mal compte de la réalité), autant le processus a fonctionné dans un cadre étatique, où les facteurs de production (capital et travail) pouvaient effectivement se mouvoir.

O.Kempf

jeudi 1 novembre 2012

Pour une université stratégique à l’École militaire

CI-joint une chronique, parue sur AGS et la RDN en ligne, et qui met en mot bien des conversations que nous avons eues avec Jean. J'ajoute une idée qu'il ne mentionne pas, et qui est indispensable : créer une filière doctorale d'études militaires et stratégiques, l'équivalent français des war studies anglo-saxonnes. Pour cela, l'IRSEM serait tête de chaîne doctorale, associée à l'Ecole de guerre en filière master. La chaine incorporerait plusieurs centres de recherches : Saint-Cyr/Rennes pour les études terrestres et cyber, Brest pour les études navales et nucléaires, Aix pour les études aériennes et spatiales, Polytechnique/ESNTA pour les études technologiques et de recherche fondamentale. Il y aurait ainsi des postes universitaires qui permettrait des carrières dans cette filière, avec des sous-filières (histoire, géographie, économie, droit, géopolitique, ...) et donc le vivier de docteurs aurait des débouchés. DU coup, le réseau national bénéficierait d'une meilleure audience internationale avec les organismes similaires étrangers.

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Bien évidemment, tout ceci est sujet à débat : plus il y aura de débat, plus les autorités se saisiront du sujet.... Vos commentaires sont donc espérés.

O. Kempf

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mardi 18 octobre 2011

Kenya, tourisme et géopolitique

Grâce à Pierre Ageron, nous avions évoqué la géopolitique des voyages. L'actualité du jour nous montre qu'il faut parler de géopolitique du tourisme. L'idée n'est pas nouvelle mais avait jusqu'ici surtout été vue sous l'angle culturel et économique. Désormais, la géopolitique du tourisme s'augmente d'un cas de guerre et d'action transfrontalière.

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lundi 27 décembre 2010

Géopolitique des voyages, par Pierre Ageron

Quel beau sujet ! à la suite d'un billet d'Yves Cadiou, d'échanges de commentaires et d'une remarque lancée en l'air, Pierre Ageron, géographe averti qui nous donne régulièrement des précisions, nous livre ici une "Géopolitique des voyages" qui procure un peu d'évasion, fort bien venue en ces temps de Noël.

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Qu'on ne se méprenne pas : Géopolitique des voyages et non des tourismes, là est la nouveauté. Un essai stimulant, personnel (il n'engage que son auteur et non les institutions où il travaille, comme il me l'a bien précisé), et des idées à creuser. Mille mercis à Pierre.

O. Kempf

NB : Je suis tombé par hasard sur ce site commercial : une agence de voyage géopolitique : Quelqu'un connaît-il ? est-ce bien ? Me dire.

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lundi 5 juillet 2010

Géohistoire

Cela fait plusieurs fois que je fais référence à la géohistoire, mais je m'aperçois que je n'en ai jamais parlé. Voici donc un petit texte qui vous donnera quelques pistes.

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dimanche 16 mai 2010

Retour de l'Etat ?

Jean Dufourcq a écrit brillamment sur le dépérissement de l'État, et l'achèvement d'un modèle westphalien.

Et j'ai été convaincu, je dois le dire....

Il reste que je m'interroge aujourd'hui : n'assiste-t-on pas au retour de l'État, mais sous une forme différente ? C'est ce que j'essaye de dire dans mon billet de l'autre jour, qui suscite d'ailleurs débat, voir ici.

Comment accorder les violons, ou plutôt ces deux perceptions qui paraissent toutes deux exactes, et qui donc décrivent la même réalité, avec deux points de vue différents ?

EN disant que si le modèle de l'État westphalien disparaît, la pérennité d'un État plus ou moins national mais garant des intérêts de sa population et bénéficiant d'un certain nombre d'économiques d'échelle est possible : cet État là paraît pouvoir survivre et montrer qu'il est aujourd'hui le mieux adapté. Avez-vous d'ailleurs remarqué que la vogue des micro États semble s'être arrêtée (avec aussitôt le contre-exemple de la prochain Flandre indépendante) ?

Comme si on comprenait que l'économie d'échelle nécessitait une taille minimale pour fonctionner. Même si cette taille n'était pas évidente, car il fallait dans le même temps une solidarité minimale pour faire coexister les populations... Taille versus solidarité : le dilemme est ancien, il revient au goût du jour....

O. Kempf

PS : Th. de Montbrial doit lire égéa : dans le Figaro de ce week-end, il explique que les économies émergentes forment un nouveau mouvement non-aligné : une sorte de deuxième monde, quoi. Voir ce que je disais en décembre....

NB : J.-P. Gambotti a écrit aujourd'hui le 900ème commentaire sur égéa : bravo et merci à lui, et aux 899 autres auteurs....

dimanche 7 mars 2010

Taille des Etats

« Ce n’est pas un hasard si, dans les temps modernes, les Etats géants –Chine, Russie, Etats-Unis ont été gouvernés par des régimes autoritaires ou sont restés résolument centrifuges, leurs citoyens se méfiant résolument de la capitale fédérale et de ses rouages » in « Après-guerre », Tony Judt, p. 926.

Il y a effectivement d’autres exemples : Brésil, Nigéria. Mais il y a aussi des contre-exemples : le Canada (à la faible population, il est vrai) et surtout l’Inde. Ceci valide l’équilibre d’Etats de taille moyenne : ni trop grande pour éviter les excès du rapport entre centre et périphérie, et permettre une solidarité conséquente ; ni trop petite pour avoir la taille nécessaire à une solidarité effective.

O. Kempf

dimanche 17 janvier 2010

Représentation et structuralisme

La « représentation » est une des grandes novations de l’école française de géopolitique. Il s’agit de désigner par-là la façon dont les dirigeants construisent un espace géographique symbolique : cette représentation passe par des cartes (la carte de France amputée de l’Alsace Lorraine accrochée aux murs des classes), des récits (le tour de France de deux enfants), des écrits historiques (nos ancêtres les Gaulois, Malet et Isaac)... Dès lors, l’analyse géopolitique consiste à mettre à jour ces représentations, à les expliciter, à les démonter.

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Mais au fond, il s’agit de l’application du structuralisme à la géopolitique : rappelons que l fondation de l’école française de géopolitique, par Y. Lacoste, date de 1976 et de son essai fondateur, « la géographie ça sert, d’abord, à faire la guerre » (fiche de lecture) : au beau milieu des années 1970 quand, justement, le structuralisme triomphait.

En fait, la technique de la représentation consiste à déconstruire les discours pour toujours relativiser. L’œuvre n’est pas inutile, mais elle ne peut suffire. En effet, cette posture paraît assez passive, et pas assez opératoire. Car la géopolitique a aussi un sens de pratique : celle de la mise en œuvre des rivalités de puissance sur un territoire. Ce n’est pas tout que d’analyser : il faut aussi prescrire. La géopolitique a un rôle actif, qui contribue à la définition d’une stratégie.

Pour en juger, qu’on se reporte à cet extrait de « l’après-guerre », écrit par Tony Judt. (on lira d’ailleurs le très émouvant témoignage de sa maladie).

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mercredi 23 décembre 2009

Les Etats et l'eau

Les Etats ont deux accès à l'eau.

Soit il s'agit d'eau douce : elle vient des fleuves. Mais la plupart des fleuves sont transfrontaliers : soit qu'ils constituent la frontière, soit qu'ils la traversent. Cela pose alors des problèmes (amenés à s'envenimer avec la raréfaction de l'eau, qui est due, faut-il le rappeler, non au réchauffement climatique mais à la surutilisation de cette ressource) : en effet, l'Etat en amont a des possibilités de retenue, aux dépens de l'Etat aval (exemple de l'Inde avec le Pakistan pour l'Indus, ou de l'Ethiopie avec l'Egypte pour le Nil).

Soit il s'agit de rivage. Alors, l'avantage comparatif peut s'inverser, puisque l'Etat amont peut ne pas avoir d'accès à la mer (Etat enclavé), quand l'Etat aval en a un, la plupart du temps.

Ceci sont des données. L'essentiel tient aux hommes, comme quasiment otujours en géopolitique.

O. Kempf

vendredi 11 décembre 2009

Géopolitique intérieure

Le domaine de la géopolitique est naturellement celui des relations internationales. De l’extérieur de l’Etat, donc. Pourtant, l’analyse géopolitique est également pertinente pour analyser l’ordre intérieur.

1/ Il s’agit tout d’abord de la face intérieure de la souveraineté : on est ici dans le rôle de l’Etat. Toutefois, toute action de l’Etat n’est pas, par nature, géopolitique. Je distingue en fait deux directions principales :

11/ la première a trait à l’organisation politique du territoire : il peut s’agir des proconsulats romains, de la féodalité, des Parlements d’ancien Régime. Dans le contexte contemporain, cette organisation politique passe par la description des circonscriptions : elles ont plusieurs fonctions (électorales, administratives, fiscales, proximité) (voir ce billet)

12/ la seconde tient à l’aménagement du territoire. Il a toujours existé : rives du Nil dans l’antiquité égyptienne, réseau routier romain, villes nouvelles des Valois (Le Havre, Richelieu), réseau ferré de la troisième République. L’expression est contemporaine et vient d’une triple inspiration : on discerne l’idéologie de la planification (à la fois communiste – l’URSS- et technico-américaine – le New Deal), l’école urbaniste (Le Corbusier et la charte d’Athènes), enfin le mythe de la décentralisation (Paris et le désert français, de J. Gravier). Au-delà du commissariat au plan et de la DATAR (toutes deux disparues), l’aménagement des villes et de leur environnement, des paysages et des réseaux de communication constitue une des responsabilités géopolitiques majeures de l’Etat.

2/ Il reste qu’on parle ici d’un Etat constitué. D’une certaine façon, pour exister, l’Etat doit exercer ces actions de géopolitique intérieure. Mais l’Etat peut être contesté.

21/ Cette contestation peut être nationale et générale (discours révolutionnaire) ; mais elle peut être localisée et particulière (sécession et autonomies) : dans ce dernier cas, il s’agit d’un phénomène de géopolitique intérieure. Son ambition étant d’ailleurs, logiquement (même si ce n’est pas toujours affirmé par les mouvements autonomistes), d’aller jusqu’à la séparation, donc l’indépendance, donc la création d’un nouvel Etat.

22/ Il va de soi que la séparation "intérieur contre extérieur" peut, dans ce dernier cas, être ténue et artificielle : soit que le mouvement autonomiste s’étende à cheval sur deux ou plusieurs Etats (cas des Kurdes), soit qu’il reçoive l’appui de puissances voisines, surtout si le mouvement est contigu à une frontière (exemple algérien avec la Tunisie). La géopolitique intérieure devient dans ce cas transfrontalière. Doublement géopolitique, en fait.

La géopolitique s’intéresse donc aussi à l’ordre intérieur : c’est d’ailleurs une de ses clefs d’analyse, quand il s’agit de « varier les focales » : quand on s’intéresse à un Etat, il faut toujours utiliser cette grille de lecture.

O. Kempf

dimanche 13 septembre 2009

Politique, et géographie

En fait, c'est LE politique qui permet de lier la géographie à l'histoire.

Dans un cas, cela débouche sur la géopolitique; dans l'autre, sur la géohistoire.

O. Kempf

mardi 26 mai 2009

Géopolitique et modernité

Commençant à poser les bases d'un projet futur, j'en viens à me poser cette question : peut-il y avoir une géopolitique non moderne? ou plus exactement, pré-moderne ?

Ou encore : l'affrontement entre Athènes la maritime et Sparte la terrestre (Rome contre Carthage, Grèce contre Perse, ...) est-il vraiment prototypique de l'analyse géopolitique ?

Ou encore, toute guerre et tout impérialisme relèvent-ils de la géopolitique ?

Ou encore : peut-on concevoir une géopolitique alors que les notions d'Etat et d'identité n'existent pas ? peut-il y avoir une géopolitique pré-étatique ? post-étatique ?

Ou encore : l'analyse géopolitique n'est-elle qu'un moment historique ?

Dites moi ce que vous en pensez....

O. Kempf

PS : n'oubliez pas de cliquer sur les liens publicitaires ci-afférents, SVP

dimanche 3 mai 2009

Politique géographique

A l'heure où l'on parle du Grand Paris, je me fais la réflexion d'une "politique géographique". Elle est naturelle, me semble-t-il, à un blog de géopolitique, surtout en France où on a longtemps distingué "géopolitique" et "géographie politique".

Peut-il y avoir une "politique géographique" ?

Oui, fort logiquement, même si on n'en connaît pas les déterminants. On pense bien sûr au vieil "aménagement du territoire" : dans le code langagier actuel, cela veut dire la même chose. Il est d'ailleurs fort logique que la vieille DATAR (Délégation à l'aménagement du Territoire) qui était une vieille innovation de l'après-guerre, ait disparu pour devenir une DIACT (Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires ). L'insertion du mot "compétitivité" est certainement là pour "moderniser" la chose, même si dans le même temps, la dite délégation a rétrogradé dans la hiérarchie du pouvoir....

Cela suffit-il ? une politique géographique serait, si on y réfléchit bien, le pivot d'un renouveau politique, et d'un vrai projet général....Elle permettrait de profiter de l'analyse géopolitique qui, faut-il le rappeler, peut s'exercer à l'intérieur d'un territoire national.....

O. Kempf

Références :

pour avoir un bon dossier sur le Grand Paris, on se reportera au dossier du Moniteur sur le sujet.

Sur la géographie politique, on se reportera à l'exposé de Thierry de Montbrial.

Enfin, sur la géopolitique et ses premiers débats, on lira la bibliographie parue dans les "Annales de géographie" de 1905, où l'on évoque à la fois Mackinder et Ratzel....

lundi 9 mars 2009

De la différence entre géopolitique et RI

Plusieurs billets des blogs alliés évoquent la notion de géopolitique. Citons notamment V. Fèvre sur rdo (ici), F. Duran sur Théâtre des opérations (ici) ou Zeus irae sur Nihi novi sub sole (ici)

1/ Pour avoir réfléchi sur la question depuis maintenant quelques années, je pense avoir avancé sur la question. Certes, il y a probablement autant de définitions et d'avis sur la question que de spécialistes. C'est d'abord dû à ce que la discipline est émergente, d'une part ; et que c'est une science humaine, d'autre part. C'est d'ailleurs un signe de son honnêteté épistémologique que de s'interroger constamment sur ce qu'elle est, sur ses limites, ses valeurs ajoutées et ses différences. Et même si l'université, il y a quelques années, a refusé d'instituer une nouvelle discipline "géopolitique", au motif qu'on ne la différenciait pas suffisamment de la géographie politique, ou des relations internationales, ou de la science politique, ce n'est à mon sens que partie remise.

2/ Partons d'un définition assez simple, et communément admise même si on peut la compliquer à l'envi.

Géopolitique = analyse des rivalités de puissances sur les territoires et leurs populations. On peut bien sûr discuter : s'agit-il de la rivalité ou de son analyse ? faut-il parler de puissance ou de pouvoir ? de territoires ou d'espace ? faut-il introduire les populations ou non ? Cela étant dit, malgré son imperfection, cette définition est assez robuste pour cheminer intellectuellement.

3/ La première question que je pose alors est la suivante : pourquoi distinguer des Relations Internationales ? La discipline est reconnue, et elle a longtemps suffit. Pourquoi donc passer à la géopolitique ? parce que les journalistes l'emploient ? que le mot est en vogue ? Mais alors, c'est totalement imprécis et incite justement à bannir le mot. Pourtant, ce raisonnement a l'apparence de la logique et de la rigueur, car le mot "relations internationales" est lui aussi employé à outrance dans les médias, avec exactement les mêmes imprécisions. EN fait, ce n'est pas parce qu'un savoir universitaire va préciser les concepts que ceux-ci sont inopérants dans le langage commun. Là encore, vieille discussion de sciences humaines.

4/ EN fait, les "relations internationales" comme la "science politique" partent du principe qu'il y a deux mondes quasiment étanches : celui de la politique intérieure, et celui de la politique extérieure. La "souveraineté" serait l'enveloppe hermétique qui séparerait les deux mondes : souveraineté populaire (ou nationale, cf. Droit constitut) à l'intérieur - souveraineté internationale à l'extérieur. Remarquons tout de suite que la souveraineté est unique, et que comme tout enveloppe, elle identifie tout autant qu'elle sépare. Elle joue dans l'ordre politique le même rôle que la frontière dans l'ordre spatial.

Les "relations internationales" sont donc la conséquence d'une philosophie politique assez théorique, et en fait binaire. De plus, les "relations internationales" ont longtemps été affectées par l'approche idéologique qui leur permettait justement de relier l'intérieur à l'extérieur : le capitalisme d'un côté, le communisme de l'autre. La troisième voie n'était qu'accessoire, vaine tentative.

AU passage, c'est d'ailleurs ce qu'il y a de surréaliste dans le débat actuel du retour de la France dans l'Otan : on récite une grammaire et un vocabulaire d'un monde qui a disparu, celui d'un monde idéologique, alors que le communisme a disparu il y a vingt ans, et que le capitalisme meurt sous nos yeux. Passons.

5/ Le mot géopolitique est d'ailleurs revenu au grand jour à la fin des années 1970, malgré l'opprobre qui le recouvrait jusque là. En effet, le viet-nam communiste attaquait le Cambodge communiste, puis faisait la guerre à la Chine voisine. Fichtre : les communistes se faisaient la guerre ? l'idéologie ne suffisait pas à expliquer les RI ? IL y avait donc autre chose ?

C'est cet "autre chose" que cherche à appréhender la géopolitique.

6/ La géopolitique est moins théorique, moins conceptuelle. Elle parle de rivalités (plurielles) de puissances (plurielles) sur des territoires (pluriels) et leur populations (plurielles). Cette imprécision permet justement de mieux comprendre la réalité, et de mieux l'expliquer. En fait, c'est parce que d'une certaine façon elle est moins cartésienne que la géopolitique rend mieux le monde. Elle est plus pragmatique et proche de la réalité. Elle est ainsi bien meilleure pour expliquer les sécessions, les représentations, les conjugaisons entre l'intérieur et l'extérieur, etc....

7/ En un mot : les RI sont au singulier, quand la géopolitique est au pluriel.

8/ Rivalités de pouvoirs ou rivalités de puissances ? La première expression met l'accent sur le jeu politique, quand le second insiste sur l'aspect militaire : la géopolitique est naturellement clausewitzienne, et lie les deux aspects. Même si elle évoque aussi les autres déterminants de la puissance (armée, économie, population, communication, etc...) reprenant ici le travail descriptif des RI.

9/ Pour finir, je dirai que la géopolitique est au carrefour des RI, de la stratégie, de la science politique, de la sociologie, de la géographie, de l'histoire, .... et qu'elle fait son meil de toutes ces disciplines. Imprécis ? Tant mieux.

O. Kempf

jeudi 19 février 2009

Paradis fiscaux, enfers géopolitiques

L'actualité évoque de plus en plus souvent les paradis fiscaux. Il y a énormément d'analyses économiques, je n'en connais pas de géopolitiques. Ce billet s'en veut une première esquisse.

1/ Paradis fiscal ? oui, paradis, pour ceux qui en profitent. Profit, le mot est dit.

11/ Il peut s'agir des gros revenus qui ne veulent pas payer d'impôts : défaut de solidarité avec "leur" pays. Egoïsme, certes, mais surtout acceptation de l'idée selon laquelle l'impôt c'est mal. Discutable, à l'évidence, car l'impôt paye les infrastructures, l'éducation, la recherche, la qualité de vie, et donc l'environnement de l'entreprise. L'entreprise a intérêt à payer l'impôt. L'impôt est une externalité positive, même si cette externalité est difficilement internalisée par l'entreprise. C'est la grande question des biens publics et des biens collectifs, mal "appréciés" par l'économie actuelle.

12/ Il s'agit aussi du blanchiment d'argent. Sans revenir sur le débat avec certains qui ne voient la géopolitique qu'à travers la criminilisation du monde, il faut reconnaître que les réseaux mafieux et criminels ne cessent de se développer. Et que les "paradis" fiscaux sont un havre splendide pour le blanchiment d'argent sale.

13/ Les habitants locaux : soit disant, ils en profitent : de faibles taxes sur de très gros montants permettent des ressources nombreuses pour des populations qui s'enrichissent à peu d'efforts. C'est artificiel. ON y reveindra.

2/ Enfer fiscal ?

21/ Bien sûr, car trou noir de l'économie. Asymétrie structurelle du système financier qui atteint fondamentalement la théorie de la concurrence pure et parfaite. Entre ceux qui s'évadent et ceux qui restent, entre les sociétés qui jouent le jeu et les autres, etc. Je crois qu'il faudrait utiliser la grille "asymétrique" à la situation économique actuelle : nous sommes entrés dans une ère économique "asymétrique", refoulant tous les fondements admis du système.

22/ Plus fondamentalement, trou noir de la confiance. J'ai déjà dit à de nombreuses reprises (et très tôt, début octobre, alors que l'idée n'était pas aussi populaire que maintenant, voir ici) que cette crise est une crise fondamentale de la confiance. J'ai du mal à comprendre pourquoi on blâme les actifs toxiques sans apercevoir que les paradis fiscaux sont les supports toxiques de ces actifs.

3/ Enfer géopolitique :souveraineté 31/ La première raison qui conduit à condamner ces "paradis" tient à la dérive de la notion de souveraineté. Au motif que vous êtes une île, ou un micro-territoire, vous accédez à l'indépendance, Nirvana de la rationalité internationale depuis que le processus de décolonisation est entré en œuvre. Attention, je ne dis pas que je suis pour la colonisation, etc. Seulement que la décolonisation, poussée à son extrême, aboutit à des excès négatifs. En clair, une souveraineté sans les moyens de la souveraineté n'est que le leurre de la souveraineté. Je pense à cette île du Pacifique, Tuvalu, qui espérait vendre son extension Internet (.tv) très cher à toutes les chaînes de télé. Seule ressource que cette île pouvait dégager.

Eternelle question de la liberté et des moyens de la liberté. Posée en philosophie éthique, rarement en philosophie politique.

32/ Excès de l'identitarisme, que j'ai dénoncé par ailleurs. Excès de communautés politiques obtenant les accessoires de la souveraineté sans en avoir la capacité. Et s'il faut se libérer d'une métropole, autant le faire en se fédérant avec ses voisins (le lien géographique a du sens politique, le saviez-vous?), et en organisant une communauté politique idoine.

33/ Souvent, ces micro Etats sont des îles (Caïman, Bahamas, ...). Danger de l'identité ilienne : le déterminisme géographique a toujours des écueils. La géopolitique a peiné, au cours de son histoire, à se défaire de ce déterminisme. Ce n'est pas pour le retrouver, impensé, dans la réalité: nous sommes d'une île, donc nous formons une communauté: oui, mais est-ce la seule communauté à votre disposition ?

4/ Enfer géopolitique : le refus de l'impôt 41/ Faut-il rappeler que la démocratie est toujours née du consentement à l'impôt ? Et qu'il y a une identification essentielle entre l'Etat et la capacité à lever l'impôt, d'abord pour payer la guerre ? Au-delà même de la question économique, ou de la question éthique, la question de l'impôt est politique. Elle est essentielle. S'abstenir de l'impôt, c'est refuser l'Etat et la démocratie. C'est donc avoir l'anarchie puis la tyrannie. L'impôt est une garantie. L'impôt est libérateur. Pas d'impôt, pas d'Etat. Pas d'acteur primaire de la géopolitique. Pas de démocratie.

42/ Cela est vrai dans les pays installés, et explique mon hostilité à toutes les mesures de défiscalisation générales.

43/ Cela est vrai pour les paradis fiscaux : l'absence d'impôt payé par les populations les entraîne encore plus radicalement dans l'esclavage. Car elles ne sont pas libres, chacun l'aura compris.

Ces paradis sont géopolitiquement des enfers.

O. Kempf